Varlam Chalamov

TOUT OU RIEN

CAHIER I : L'ÉCRITURE

Trad. Du russe par Christiane Loré
Verdier, Paris, 1993
196 pages
28,95 $

Voici un ouvrage qui, nous faisant pénétrer dans le laboratoire littéraire de Varlam Chalamov, nous permet de mieux comprendre la personnalité controversée de l’auteur des Récits de Kolyma. Dans une série de textes courts, écrits entre 1960 et 1975, l’écrivain expose sa conception de l’écriture, explique le but de son oeuvre en prose et de sa poésie, indique ses influences littéraires, juge ses contemporains. Ces notes, parfois redondantes, mais toujours intéressantes, sont suivies d’un choix de dix-sept poèmes en russe avec, en regard, leur traduction française. S’y ajoutentla traduction d’un des premiers récits de Varlam Chalamov, « Les trois morts du docteur Austino » (1936), une brève biographie de l’auteur, la liste de ses oeuvres en russe et de leurs traductions françaises, et la nomenclature des textes qui composent le premier livre des Récits de Kolyma.

« Chacun de mes récits est une gifle au stalinisme. » Cette formule lapidaire rend bien compte de l’objectif que poursuit Varlam Chalamov en écrivant. Pour lui, le roman est mort. Les lecteurs – contemporains de ces catastrophes humaines que furent le communisme et le nazisme – veulent lire des témoignages. Le récit, qui décrit les événements saisis sur le vif, jaillit d’un jet du cerveau de l’écrivain, ne demande pas d’être retravaillé et se caractérise par son laconisme ; il est, avec les mémoires, la forme littéraire qui convient le mieux à la dénonciation : « […] le camp est une expérience entièrement négative pour l’homme, négative de la première à la dernière heure ».

« En vers, il y a une loi : tout ou rien. Les vers ne sont pas ‘meilleurs’ ou ‘moins bons’. Ils sont ou ne sont pas. » Ainsi l’exigence de Varlam Chalamov dans le domaine de la prose, on la retrouve en poésie. L’auteur se livre ici à un exposé détaillé de l’art poétique russe, fondé avant tout sur la musicalité du vers : « [l]a magie sonore est le principe fondamental de la versification russe ».

Gageure donc que de vouloir traduire ses poésies en français – l’auteur ne dit-il pas lui-même que la poésie est intraduisible -, Le pari qui n’a pas été totalement gagné : seul le sens général des poèmes est rendu. Il aurait fallu respecter la forme fondamentale de la poésie française fondée sur la primauté de la rime. Par ailleurs, la transilittération des noms russes manque de rigueur.

Malgré ces réserves, le livre est attachant et présente l’auteur des Récits de Kolyma dans toute sa vitalité.

Publié le 1 décembre 2014 à 12 h 54 | Mis à jour le 1 décembre 2014 à 12 h 54