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Numéro 162

Louise Penny

TOUS LES DIABLES SONT ICI

ARMAND GAMACHE ENQUÊTE

Trad. de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
Flammarion Québec, Montréal, 2020
408 pages
31,95 $

Si la série « Armand Gamache enquête » a fait connaître le Québec dans le monde, le village fictif de Three Pines aura permis d’apprécier les Cantons-de-l’Est. Pour sa seizième mission, l’inspecteur en chef de la Sûreté du Québec quitte son refuge bucolique et se déplace à Paris, qu’il connaît fort bien.

L’auteure anglo-québécoise Louise Penny, dont les livres ont été traduits dans une trentaine de langues et vendus à plus de neuf millions d’exemplaires, révèle dans Tous les diables sont ici le passé européen de son héros. Cette nouvelle enquête a donc lieu dans les beaux quartiers du Marais et de Saint-Germain-des-Prés, où Gamache a passé une partie de son enfance, car l’orphelin y avait été recueilli par son richissime parrain Stephen et par Zora, sa grand-mère d’adoption. « Il avait pratiquement grandi dans l’élégant immeuble haussmannien, dont la façade vitrée s’ouvrait sur l’hôtel Lutetia. »

Afin de célébrer dignement leur trente-cinquième anniversaire de mariage, Gamache et sa femme Reine-Marie ont concocté une visite à leurs enfants et petits-enfants, qui vivent tous dans la Ville-Lumière, leur garçon Daniel depuis quelques années déjà et leur fille Annie, mariée à Beauvoir, l’ex-adjoint d’Armand, depuis peu. Le couple était heureux de pouvoir aller saluer par la même occasion le parrain nonagénaire de Gamache, mais celui-ci s’est fait faucher sous leurs yeux incrédules par une camionnette qui « se mit en mouvement. Lentement. Puis elle accéléra. Fonça ». Accident ou agression ?

Il y aura une enquête officielle par les forces locales, sous l’égide du préfet de police lui-même, un vieil ami de Gamache qui autorisera la présence du Québécois dans l’équipe d’enquêteurs parisiens. L’histoire est complexe et implique de colossaux intérêts financiers, avec scandales et ramifications dans le passé du vieillard blessé. Pourquoi celui-ci avait-il réservé une suite au chic hôtel George V, alors qu’il possédait un luxueux appartement dans le VIIe arrondissement ? Qui craignait-il ? De quoi avait-il peur ? Depuis combien de temps ? Pendant la Deuxième Guerre, quelle avait été sa relation avec la Résistance ? Et avec l’armée allemande d’occupation ?

Pour écrire cette histoire imprégnée de relations familiales ni simples ni faciles, Louise Penny s’est sûrement amusée à visiter la capitale de la France de fond en comble. Elle la fait découvrir à ses lecteurs, qui se promènent ainsi d’un endroit à l’autre sur les traces des Gamache. On comprend que petits et grands retournaient souvent au fil des ans passer des vacances dans l’appartement du Marais, dont Armand avait hérité à la mort de Zora. « Elle avait appris le yiddish et le français en grandissant à Paris. L’allemand, elle l’avait appris dans les camps. »

Un bon polar, mais qui suscite quelques agacements : Reine-Marie ne pouvait pas travailler à Bibliothèque et Archives nationales du Québec dans les années 1990, puisque la BAnQ n’a été fondée qu’en 2006. À la même époque, il n’était pas nécessaire d’économiser « une somme correspondant à six mois » de salaire pour aller en vacances à Paris, d’autant plus qu’Armand disposait de deux appartements, sis rue Juliette-Récamier et rue Rambuteau. Ou alors le couple passait son temps à sabler le champagne dans des hôtels de luxe !

Publié le 5 mai 2021 à 8 h 21 | Mis à jour le 8 juin 2021 à 9 h 23