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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

L’errance et la quête d’identité, thèmes récurrents, voire indissociables chez Paul Auster, constituent une fois de plus le cœur de la trame romanesque de son dernier roman, Tombouctou . Après nous avoir entraînés dans le labyrinthe de la conscience dans La trilogie new-yorkaise , fait parcourir les États-Unis d’un océan à l’autre dans La musique du hasard et Mr Vertigo , projes dans un espace imaginaire sans frontières dans Le voyage d’Anna Blume , Paul Auster met maintenant le cap sur ce lieu mythique aux yeux de toute une génération hier encore en quête d’absolu, d’un but à atteindre, le voyage se révélant le plus souvent la seule issue réelle à tant d’aspirations lancées à l’assaut du plus grand réseau d’autoroutes au monde. Une génération personnifiée ici par Willy Gurevitch, alias Willy G. Christmas, poète raté, auteur d’une épopée inachevée au titre on ne peut plus austérien, Jours vagabonds , qui entreprend le dernier voyage qui le conduira à Baltimore en compagnie de son chien par le regard duquel nous sera livré le roman.

Willy sait qu’il n’en a plus pour longtemps avant de rejoindre Tombouctou, ce refuge de toutes les âmes errantes, ainsi qu’il le décrit à Mr Bones, son fidèle compagnon d’infortune. Aussi cherche-t-il à retrouver une ancienne institutrice, la seule personne qui ait jamais cru en son talent d’écrivain, afin de lui confier l’ensemble de son œuvre encore inédite, qui totalise 74 cahiers écrits à la main, ainsi que son chien afin que cette dernière en prenne soin. Comme dans les autres romans de Paul Auster, bien que l’action soit riche en rebondissements de toutes sortes, l’intérêt réside avant tout dans ce qui se déploie en marge de l’histoire. Et l’intérêt, tout autant que le défi du roman, repose en grande partie sur le regard que pose Mr Bones sur les événements qui marquent l’implacable passage du temps. Bien qu’il comprenne les raisons qui motivent son maître à entreprendre pareil périple, Mr Bones n’en est pas moins attristé pour ce dernier : « […] ça le chagrinait de penser qu’un homme pût choisir de passer ses derniers instants sur terre en un lieu où il n’était encore jamais allé. Un chien n’aurait jamais commis une telle erreur. »

On peut lire Tombouctou en s’en tenant à la vision première suggérée par Mr Bones. Mais une relecture du roman proposera un élargissement de la quête austérienne dont les interrogations métaphysiques ne cessent de nous surprendre.

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