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Numéro 81

Michel Onfray

THÉORIE DU CORPS AMOUREUX POUR UNE ÉROTIQUE SOLAIRE

Grasset, Paris, 2000
304 pages
29,95 $

Commençons donc par le commencement : d’abord le corps, la matière, puis la culture, l’invention, la construction symbolique. Un être humain est d’abord de chair et de sexe. On saisit pourquoi Michel Onfray, hédoniste patenté, favorise l’épicurisme : il s’agit de pratiquer une éthique du jeu et de l’éros ; de la sexualité comme l’un des rapports privilégiés à la nature. Lucrèce ne demanderait pas mieux.

Comment s’introduit la pulsion de mort dans l’ordre hétérosexuel et familialiste de l’Occident depuis la formulation de l’idéal pythagoricien (juif, platonicien et chrétien) ? Selon Onfray, par la négation de toute liberté à deux ou plus, c’est-à-dire par la frustration permanente découlant de la monogamie, de la procréation, de la fidélité. Et pourtant, le plaisir se fout bien de la descendance (Sade a écrit quelques lignes à ce propos) ; il n’est pas comme le désir, toujours accroché à papa-maman. Le projet du matérialisme radical de l’auteur consiste dans cette perspective à s’attaquer à la logique de mort de l’ascétisme pour célébrer la vie et chanter « une érotique courtoise qui réactive l’heureuse volupté des libidos joyeuses ».

Pour ce faire, une théorie atomiste du désir fera l’affaire en désacralisant le corps. Exit la gymnastique tantrique, les Kama-sutra ou les innovations du Jardin des délices ? Sans éviter quelques remarquables bêtises (Lacan aurait enseigné l’inexistence du rapport sexuel et la poésie reculerait à mesure qu’avancerait la science !), l’auteur propose un retour au paganisme et un manifeste de la vie philosophique.

Ce livre qui aurait pu s’intituler, de l’aveu d’Onfray, Traité du libertinage (au sens où la liberté est ici au principe de l’existence souveraine), cherche à fonder « l’art de rester soi dans sa relation à d’autres », de jouir de l’existence. On comprend la nécessité dont peu de thérapeutes semblent s’être avisés, occupés qu’ils sont à ramener hommes et femmes à leur culpabilité – et la beauté de la question suivante : « De quelle façon aimer sans renoncer à sa liberté, son autonomie, son indépendance et en tâchant de préserver les mêmes valeurs chez l’autre ? […] Comment empêcher la relation sexuée de succomber à l’attraction de la violence ? » Tout est ici question de choix et de responsabilité réelle. Vivre, enfin !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 5 février 2015 à 10 h 16