Numéro 78

Frédéric Jacques

TEMPLE

Autres Temps, Marseille, 1998
158 pages

Originaire comme Francis Ponge de Montpellier, Frédéric Jacques Temple est un écrivain ballotté entre le souffle sidéral des contrées magnétiques et la moiteur de sa lymphe, la vigueur de son feu. Il a, assure Jean-Max Tixier dans la présentation du dossier que lui consacre la revue Autre Sud, la chair spacieuse et la plume ample : Frédéric Jacques Temple « est un tendre ». Je parlerais pour ma part de l’effusion tenace des baleines criant la blessure de la terre et des cieux dans l’écho des eaux.

Si son œuvre (dont on peut lire l’essentiel dans une Anthologie personnelle, publiée chez Actes Sud en 1989) chante bien sûr les paysages de son Languedoc, elle découvre aussi les déserts intérieurs diffractant les appels émus dans la nuit. Que l’on s’arrête d’ailleurs à ce divin « Nocturne » publié dans le dossier, et l’on saura la puissance de ce que donne à voir la lune : « tapis de laine où vont chantant / les hordes après l’étraque / sur les sombres foulées des bisons, / et les femmes dormeuses / éveillées / sentent venir les viandes fraîches / et les fêtes viriles ». Sent-on assez les prémonitoires vibrations des vivantes et claires ténèbres de la danse ? Toujours, des femmes accueillent, chuchotent, chaudes de leurs ventres sanguins, multiples de leur savoir ancestral. Sont-ce elles qui résonnent lorsque, dans Calendrier du Sud, temps, climats et saisons se rencontrent dans la nature de l’écriture, végétation que sanctifie chaque signe précautionneusement tracé : « Septembre » : « Odore di femmina / des figues mûres. / La vague d’équinoxe / inonde d’iode / la vendange » ? Il y a là davantage qu’une simple récolte ; il y a un éternel voyage, une route à prendre, inaltérable. Le futur et la joie de l’espèce, soucieuse d’enfanter dans la compassion de sa lutte.

Si Frédéric Jacques Temple nous écoute des Laurentides ou du Minas Gerais, s’il voit des mollusques et nous présente son grand-père, c’est parce qu’il s’éprouve (on pense à Cendrars…) voyageur de racines, éternel transplanteur : « Où me trouver, à supposer que j’en sois désireux ? Je suis, confie-t-il dans un entretien accordé à Jacques Lovichi, en effet, de ce lieu perdu ou imaginé par l’homme, le paradaïsos, que nous sommes beaucoup à traîner comme une casserole » (Autre Sud). On comprend pourquoi Alain Borer le dessine en Achab : pour murmurer le soleil habitant ses chansons.

Frédéric Jacques Temple, je te salue, au nom de demain ! Tu célèbres ce que tant de nous désirent sans savoir le nommer. Une nuit, sur la mer, nous nous retrouverons, absents de haine.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 11 janvier 2015 à 17 h 19