Jack Kérouac

SUR LA ROUTE

LE ROULEAU ORIGINAL

Trad. de l’américain par Josée Kamoun
Gallimard, Paris, 2010
505 pages
39,95 $

Le voilà enfin, le rouleau original sur lequel est fondée la légende de Sur la route, le roman-culte de Jack Kérouac. Qu’on se le dise d’emblée : ce précieux palimpseste, mis au jour grâce au travail minutieux de l’universitaire anglais Howard Cunnell, ne remplacera pas le classique de 1957, que le cinéaste Walter Salles s’apprête à porter au grand écran dans une production de Francis Ford Coppola. Tout de même, nous aurions tort de bouder notre plaisir. Le rouleau original de Sur la route entraîne le lecteur le long d’un seul paragraphe recouvrant quelques centaines de pages. La forme imite le fond : qu’est-ce que le chantre des « beatniks » aurait-il pu trouver de mieux pour capturer la mystique et l’ivresse de la grand-route, sinon un texte constituant à lui seul une « route de mots » ?

Le rouleau original de Sur la route restitue deux dimensions absentes de la première version publiée. D’une part, les noms originaux sont rétablis. Neal Cassady, Allen Ginsberg et William Burroughs remplacent ainsi les Dean Moriarty, Carlo Marx et Old Bull Lee. Avec eux réapparaissent des précisions qui avaient été écartées de peur de paraître, à l’époque, obscènes ou diffamatoires. C’est le cas, notamment, avec tout ce qui touche la bisexualité de Neal. D’autre part, le rouleau original réhabilite la fièvre scripturale qui entre pour beaucoup dans la légende de Sur la route. Kérouac a en effet écrit son texte du 2 au 22 avril 1951, à raison de 6000 mots par jour (12 000 le premier jour, 15 000 le dernier).

Seul hic, et il est de taille : la traduction est empreinte d’argot parisien. On lira ainsi des expressions qui ont aussi peu à voir avec l’américanité de Kérouac que « traverser le highway à tous berzingues » ou « c’est le bazar intégral ». Il aurait été si simple de recourir à un traducteur nord-américain (Daniel Poliquin avait fait des merveilles en traduisant Pic pour Québec Amérique en 1987). Cette négligence frise la cocasserie en préface lorsqu’on y lit la mention d’un ouvrage de Victor-Lévy Beaulieu, Jack Kerouac, a Chicken-Essay. VLB, auteur anglophone ? On aura tout vu !

L’encadrement du texte, en revanche, est irréprochable. Sur la route ne débute qu’à la page 121, précédé de non pas une, ni même deux ou trois, mais bien quatre préfaces ! Sans révolutionner les études kérouaciennes, chacune apporte néanmoins un éclairage de première qualité.

Publié le 3 décembre 2010 à 14 h 08 | Mis à jour le 12 janvier 2015 à 20 h 53