Hugo Beauchemin-Lachapelle

STAINLESS

L’Hexagone, Montréal, 2017
68 pages
16,95 $

Stainless. Hugo Beauchemin-Lachapelle n’aurait pu choisir meilleur titre à cette suite de poèmes. Il y évoque les désillusions d’un homme étranglé par le quotidien de la vie à deux, un quotidien de cuisine, de tâches ménagères, de casseroles à récurer.

Stainless, et pas, par exemple, Tefal, parce qu’on est moderne, qu’on achète ce qu’il faut, quitte à payer plus cher ; on aime les belles choses. Les beaux poèmes ? Peut-être. Et puis Stainless, parce qu’on est de son temps. L’auteur, comme d’autres avant lui (on pense par exemple à Charles Dionne, que le poète cite d’ailleurs ici et dont l’influence est manifeste), se confronte et nous confronte à la « vraie vie », de celle qui encrasse le cerveau. Noble visée, mais qui ne convainc pas toujours.

Je ne crois pas que la poésie doit être transcendante, ni qu’elle doive posséder un énième niveau pour être riche. Néanmoins, dans cet univers d’éviers bouchés, de cartons de jus vides, de soupers fades, de conversations insipides, je n’ai pas souvent trouvé mon compte. On dirait que l’auteur cherche tellement à s’en tenir au quotidien qu’il ne se permet pas des envols ou des sorties de route, surtout dans les première et troisième parties du livre, la seconde étant plus libre. « Je tente de venir à bout d’un ennui qui refuse de mourir », écrit-il. Cette exigence, puisqu’il apparaît que c’en est une, en vient à aplatir le propos. Par exemple, ce début de poème : « Parmi les allées d’épicerie en après-midi / je me suis tout emmêlé dans tes consignes / parce que tu as oublié de me les écrire / et j’ai beau chicaner ma mémoire paresseuse / je ne sais quels fruits tu voulais que je prenne / qu’est-ce qui aura sa place dans le frigo ». La fin du poème nous amène ailleurs par son mode réflexif, mais si près encore de ce que nous connaissons.

Un peu partout, toutefois, on trouve de belles intuitions. Alors, l’auteur nous surprend par une observation perspicace ou par l’originalité d’une pensée : « [T]u connais si bien la survie que je pourrais te laisser / dans un poème avec rien d’autre pour t’aider / que tes deux mains qui travaillent toutes seules / tu mettrais de l’ordre dans les métaphores / tu ramasserais le petit bois des mots en trop / tu t’appliquerais à faire un tipi de branchages / tu apprendrais au feu à ne plus s’éteindre ».

Peut-être qu’il ne manque au recueil qu’un peu d’élagage pour gagner en intensité. Car il y a ici plusieurs feux qui couvent.

Publié le 8 avril 2018 à 15 h 23 | Mis à jour le 8 avril 2018 à 15 h 23