Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > ON N’ENTEND PLUS JOUER LES ENFANTS

Allen Côté

ON N’ENTEND PLUS JOUER LES ENFANTS

Annika Parance, Montréal, 2017
224 pages
22,95 $

Un romancier vieillissant séduit une femme de plusieurs années sa cadette qui attend de lui qu’il lui fasse un enfant. Celui-ci a cependant la tête ailleurs puisqu’il peine à écrire une énième suite à son fameux Paulin Dumouchard, un personnage de flic à la rigueur déontologique assez lâche. Être ou ne pas être père ? La question occupe désormais tout son esprit. Elle l’empêche d’écrire, mais aussi de s’investir davantage dans sa relation avec Isabelle. C’est qu’il semble avoir de vieux comptes à régler avec l’enfant qu’il a lui-même été, avant d’y voir plus clair dans quelque projet que ce soit. Il range donc Dumouchard aux tiroirs de même que cette histoire de cœur naissante, afin de se replonger dans sa propre enfance.

Des trois récits que propose On n’entend plus jour les enfants, le plus important reste ainsi celui de cet enfant marqué par l’éclatement de sa famille, par la solitude éprouvée en l’absence d’une mère travaillant d’arrache-pied pour subvenir à ses besoins, d’un père exilé dans les chantiers hydroélectriques du Nord et d’un frère élevé en famille d’accueil. Or, choisir de revenir, en un peu plus de 200 pages, sur la vie d’un garçon qui s’ennuie, tient de la gageure ou du défi, dans la mesure où l’ennui risque tout simplement de devenir soporifique. C’est souvent ce qui arrive avec l’histoire du petit Alex, dont le quotidien, dès lors qu’il doit quitter Kénogami pour rejoindre les rangs de l’école apostolique de Chicoutimi, s’enlise dans une interminable attente : son village lui manque, ses grands-parents, et Féline, cette mère qui fait l’objet d’une véritable vénération.

De leur côté, les amours hésitantes entre l’écrivain et Isabelle, pour leur banalité qui confine parfois à la mièvrerie, n’offrent guère mieux pour aviver l’intérêt. À l’image de leur relation, leur première rencontre sent l’eau de rose, et ne convainc guère : « Nous nous étions marché sur les pieds et, après nous être confondus en excuses, nous avions ri de la situation. Déjà, on aurait dit qu’une symbiose agissait avec la proximité de nos corps ». Une symbiose qui est mise à rude épreuve quand le casanova retourne au Saguenay, et que cette prétendue passion semble maintenant indifférer l’écrivain, et plus encore le lecteur. Malheureusement, Allen Côté nous donne donc le choix entre un détective des plus fantomatiques, un bien triste enfant ou de bien pâles amours.

Publié le 8 avril 2018 à 15 h 29 | Mis à jour le 8 avril 2018 à 15 h 29