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Numéro 107

Stéphane Bourguignon

SONDE TON CŒUR, LAURIE RIVERS

Québec Amérique, Montréal, 2007
179 pages
19,95 $

La scène initiale de Sonde ton cœur, Laurie Rivers décrit un cadavre qui remonte à la surface d’une rivière qui serpente une région éloignée de l’Idaho. Libéré des racines qui le retenaient, le corps erre puis émerge à Swan Valley où il est récupéré. Dans ce roman de Stéphane Bourguignon, tous les personnages se rattachent à ce désir d’émerger, de sortir d’un engloutissement et de respirer la liberté. Trois personnages cherchent plus activement à sortir des profondeurs de leur vie : Laurie Rivers, une institutrice en quête d’une mission pour combler une existence bancale ; Kevin, son étudiant pris entre les contraintes religieuses et sa soif d’amour ; et Alice, la nouvelle arrivée, dont l’excès de poids servira de motif pour la croisade de Laurie. Le récit se compose de deux sections : la première évoque la réalisation d’un projet pour que les obèses (nommément Alice) puissent perdre du poids par le plaisir et l’activité. La mission de Laurie est reconnue, Alice prend confiance en elle et découvre l’attirance physique avec Kevin. Une telle ascension est toutefois marquée par les menus mensonges que chacun s’efforce de maintenir pour que les rêves et les espoirs de liberté ne se fanent pas. Or, la deuxième partie du diptyque dessine la débandade de ces personnages pris dans un univers clos où la dissidence est refrénée.

L’auteur de L’avaleur de sable décrit méticuleusement, avec distance et tendresse, les bouleversements qu’entraîne, pour cette communauté, un projet en apparence irréprochable, qui bascule néanmoins lorsque les intentions intimes des protagonistes prennent le pas sur les intérêts de ceux qu’ils se targuent de protéger. Les fragments à propos de Laurie sont à cet égard très bien formulés, laissant percer une blessure qui colore l’ensemble de ses actes. L’acte marquant de l’existence de Laurie est ainsi évoqué avec adresse, à demi-mot, en laissant surgir les émotions qui continuent de dicter ses gestes.

Bien que la finale ne fasse pas confiance au lecteur et bouscule sa propre narration en bouclant à l’excès les parcours dévoilés et en cernant maladroitement ce qu’il advient des personnages, le roman réussit bien à investir la quête de lumière d’individus paradoxalement déboussolés par leur espoir.

Publié le 20 juin 2007 à 14 h 07 | Mis à jour le 20 juin 2007 à 14 h 07