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Numéro 139

Emmanuelle Walter

SŒURS VOLÉES

ENQUÊTE SUR UN FÉMINICIDE AU CANADA

Lux, Montréal, 2014
224 pages
24,95 $

Le grand nombre de meurtres et de disparitions de femmes autochtones, qui n’est pourtant pas un nouveau phénomène au pays, a quelque peu retenu l’attention des médias québécois récemment. Cette sollicitude, qui contraste avec l’indifférence habituelle de la majorité blanche envers un peuple invisible, est en bonne partie due à Emmanuelle Walter et à son dernier livre, Sœurs volées, Enquête sur un féminicide au Canada. Dans cet ouvrage paru à la fin de 2014, la journaliste fait état de cette apathie devant la violence subie par les femmes d’origine amérindienne. Elle commente autant l’attitude des médias que l’inaction du gouvernement de Stephen Harper.

Avec son écriture à la fois sèche et empathique, Walter met en lumière un problème que l’on associe surtout au reste du Canada, en particulier à la Colombie-Britannique, où le phénomène est rattaché à des symboles évocateurs : le Downtown Eastside de Vancouver, où abondent les autochtones toxicomanes, Robert Pickton (on sait qu’une grande proportion de ses victimes étaient d’origine amérindienne), « l’autoroute des larmes », etc. Or, le livre-enquête s’intéresse principalement au cas de deux adolescentes originaires de l’ouest du Québec : Maisy Odjick, seize ans, et Shannon Alexander, dix-sept ans, deux amies disparues au même moment en 2008. En interrogeant les membres de leurs familles, en s’intéressant à la personnalité de Maisy et de Shannon, Emmanuelle Walter nous les rend proches. Elle donne un visage humain aux statistiques.

Tout en appuyant son analyse sur des rapports crédibles, l’auteure montre ce que la négligence de notre système a de scandaleux et dénonce l’extrême vulnérabilité des femmes autochtones. Sans nier les problèmes et la tendance autodestructrice qui existent dans la communauté des victimes, elle soulève des questions pertinentes, cherchant à expliquer l’hyperfragilité de ces femmes. Un livre nécessaire qui expose le rapport entre notre attitude colonialiste et la tendance à considérer certains crimes comme de simples phénomènes sociologiques.

Publié le 9 juillet 2015 à 14 h 15 | Mis à jour le 22 octobre 2015 à 12 h 24