Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LETTRE À VINCENT
LETTRE À VINCENT

Eric Godin, Zïlon

LETTRE À VINCENT

LETTRE D’UN PÈRE À SON FILS SUICIDÉ

Hurtubise, Montréal/Paris, 2015
Non paginé
12,95 $

Le titre de ce recueil de poésie illustré par Zïlon est accompagné d’un sous-titre qui en précise le sujet : Lettre d’un père à son fils suicidé. Bien que Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo, n’ait pas mis fin à ses jours, mais se soit noyée accidentellement à l’âge de dix-neuf ans, c’est au célèbre poème des Contemplations « Demain, dès l’aube » que m’a fait aussitôt penser Lettre à Vincent. Dans les deux cas, il s’agit d’une lettre qu’un père adresse à son enfant mort dans la fleur de l’âge. « Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, / Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. » Ce style direct et simple est aussi celui qu’emploie Eric Godin. Les dernières lignes de son recueil font écho aux vers précédemment cités : « Tu avais l’avenir devant toi / et tu as choisi l’éternité. / Repose-toi. / Un jour je viendrai ». Alors que Victor Hugo se met en route pour déposer des fleurs sur la tombe de sa fille, Eric Godin promet à son fils de disperser ses cendres aux « cinq points cardinaux » de sa vie : la montagne, la forêt, la ville, le lac et la mer. « Cinq endroits où je t’ai vu sourire. » J’ai été frappée aussi par le fait qu’à la noyade réelle de Léopoldine correspond celle, psychologique, de Vincent : « Tout l’automne, je t’ai vu te noyer de l’intérieur » ; « Je sais maintenant qu’aucune bouée / n’aurait pu te remonter ». Eric Godin exprime l’intensité de sa douleur : « Je souffre / J’ai mal / J’ai envie de m’ouvrir le ventre, / de hurler comme un animal ». Le lecteur voit par les yeux du père « le nœud coulant » avec lequel Vincent s’est ôté la vie alors qu’il venait d’avoir seize ans : « Les déceptions t’ont saisi à la gorge / et t’ont pendu ». L’adolescent disait à son père son « envie de poser des bombes, / de faire sauter la connerie ». Mais ce recueil déborde le cas personnel de Vincent : c’est « [à] tous les Vinzo du monde, garçons ou filles » qu’Eric Godin dédie son recueil, et ils ou elles sont présents dans les magnifiques visages androgynes dessinés à l’encre par Zïlon. Enfin, ce recueil de poèmes comprend également une préface écrite par un psychothérapeute et une postface d’Eric Godin. Ces deux textes s’adressent entre autres à ceux qui ont des postes de responsabilité afin qu’ils fassent en sorte que les personnes qui souffrent de dépression soient soignées à temps. Lettre à Vincent est un livre aussi beau que nécessaire.

Publié le 9 juillet 2015 à 14 h 30 | Mis à jour le 9 juillet 2015 à 15 h 26