Numéro 80

Francesca Sanvitale

SÉPARATIONS

Trad. de l’italien par Françoise Brun
Albin Michel, Paris, 2000
344 pages
34,95 $

« Mais ce n’était pas de sexe qu’elle avait besoin, c’était d’immensité », conclut le narrateur de « L’âge d’or », une des magnifiques nouvelles de Francesca Sanvitale, regroupées dans le recueil Séparations. D’immensité, les personnages de cette écrivaine italienne en ont tous besoin. Ils sont, pour la plupart, des intellectuels solitaires dans la cinquantaine, sans complaisance pour leur personne, impitoyables même. Le climat de ce recueil est à l’introspection, activité au cours de laquelle les personnages assument leur vanité, leur égoïsme, leur lâcheté, sans tenter de devenir meilleurs. Ils dissèquent ce qui les oppose à l’autre sexe, constatent qu’ils sont engagés dans une vie professionnelle ou amoureuse qui, sans les rendre malheureux, ne les a pas comblés. Pourtant, leurs propos ne sont pas empreints de la nostalgie qu’éprouvent ceux qui croient qu’il est trop tard pour changer quoi que ce soit : ce serait trop facile et surtout, trop prévisible. Comme le titre le laisse supposer, ils sont confrontés à des séparations, mais l’ébranlement ou la souffrance ressentis n’y sont pas toujours directement liés. Par exemple, le narrateur de « Nostalgie d’Admont », après avoir rompu avec une femme, s’éveille tous les matins en pensant à une bibliothèque visitée lors d’un voyage avec elle. C’est de ce lieu qu’il se sent douloureusement séparé.

Les quinquagénaires de Francesca Sanvitale s’accommodent bien des imperfections corporelles de leurs partenaires. C’est bien autre chose que leur corps obsédant, car il l’est toujours, ne sait plus leur donner. Mais qu’est-ce donc alors qui les rend si… ? Leur état demeure difficile à cerner. À certains moments, la description qu’en fait l’auteure flirte avec le fantastique, éveille l’angoisse. L’intense activité mentale que déploient ses personnages ne résout rien. Francesca Sanvitale guide et égare le lecteur dans l’univers complexe de personnages vieillissants, coupés de l’immensité qu’était, ou qu’aurait dû être, leur vie. « Le regard alors se tourne vers l’intérieur et se fixe sur des images de soi, du monde, des autres êtres humains. C’est le moment des souvenirs. Non, pour mieux dire : c’est le moment où tous se racontent à eux-mêmes de magnifiques histoires. » Celles de Francesca Sanvitale, très bien traduites, méritent le même qualificatif.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 12 février 2015 à 11 h 45