Numéro 77

Guy Demers

SABINES

XYZ, Montréal, 1999
207 pages
22,95 $

« L’amour de la vie procède obligatoirement de la chair. » Vilipendée ou sanctifiée, mutilée ou glorifiée, c’est à une réhabilitation de la chair trop souvent mal-aimée et maltraitée que procède le premier livre de Guy Demers, Sabines . À travers deux êtres aux vies dissemblables, le jeune auteur nous fait prendre conscience de ce corps souverain qu’il présente sous de multiples facettes : de souffrance et de plaisir, de vertu et de péché, de bonheur et de mal de vivre.

Le premier visage de cette multiplicité est celui de Monet Martin, qui méprisera, comme seul un être humain peut le faire, son enveloppe charnelle. Complexé, mal-aimé, de son enfance malheureuse il gardera une haine tenace du monde et des femmes. Entré dans les ordres, dans ce Québec d’avant la révolution religieuse, il défroquera et aboutira gourou d’une secte apocalyptique. Tout cela aux dépens de sa sensualité. Il connaîtra le salut dans les bras de Sabine, son seul amour, aussi tardif que soudain, et quasi miraculeux.

Cette dernière, enfant-bouddha, la sérénité incarnée, occupe le cœur d’un bidonville dominé par des femmes envoûtées par son pouvoir. Mais à mesure que s’exalte sa féminité, cette descendante d’une longue lignée de femmes révolutionnaires désirant apaiser les douleurs du monde se révèle bien malgré elle un personnage d’Apocalypse.

De l’Iran à Montréal, en passant par Paris, Monet Martin et Sabine vivront la fusion de leurs corps perdus à eux-mêmes, et retrouvés enfin.

Soutenu par une écriture parfois cynique, parfois fantastique mais qui toujours atteint son but, Sabines est un roman souvent drôle, mais plus encore, touchant, qui nous fait reprendre conscience des réalités corporelles.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 17 h 31