Chrystine Brouillet

ROUGE SECRET

Boréal, Montréal, 2005
503 pages
25,95 $

Comme elle en a presque pris l’habitude, Chrystine Brouillet laisse la société insérer dans son polar les inquiétudes qui affleurent dans l’actualité. Puisque la prostitution juvénile et le tourisme sexuel titillent les médias d’aujourd’hui, le sinistre personnage autour duquel s’articule ce substantiel bouquin paie tribut à ces déviations. Il aime la chair fraîche au point d’ancrer ses entreprises dans des pays où l’exploitation des mineures passe par pertes et profits et de choisir comme épouse une femme aux attraits de jeune fleur. De même, l’erreur judiciaire, qui accable toujours davantage notre conscience moderne, plane sur tout le récit comme un nuage empoisonné. Facilité permise par un métier trop sûr ? Ce serait le cas si l’intrigue exploitait sans vergogne et sans risque les soucis ambiants. L’accusation porte à faux quand l’auteure ose inverser le pari et situer les crimes au creux d’époques qui n’en parlaient guère. C’est le cas ici : l’évocation de crimes odieusement modernes est proposée à un auditoire de 2005-2006, mais le décor, lui, date d’une bonne quarantaine d’années. Il faut le doigté de Chrystine Brouillet pour éviter que les vices d’aujourd’hui fassent figures d’anachronismes.

L’art, avec lequel Chrystine Brouillet entretient depuis quelque temps une empathie particulière, occupe dans ce roman une place de premier plan. L’auteure parle perspectives, couleurs, écoles, cela sans prétention, avec sensibilité et ce que je qualifierais modestement de la justesse. On ne sait trop si le Musée des beaux-arts du Québec avait sollicité la plume de Chrystine Brouillet en raison de cette compétence particulière ou si c’est à la collaboration entre la romancière et le Musée que l’on doit cet enrichissement du récit policier. Chose certaine, la rencontre est heureuse.

Un nouvel enquêteur prend ici du service. Plusieurs s’étonneront de ce que Maud Graham quitte le décor. Pour qu’ils pardonnent à l’auteure cette « trahison », il faudra que Frédéric Fontaine devienne, au cours des prochaines intrigues, une présence nettement plus convaincante.

Publié le 27 février 2006 à 13 h 08 | Mis à jour le 27 février 2006 à 13 h 08