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Retour parmi les hommes

Philippe Besson

RETOUR PARMI LES HOMMES

Julliard, Paris, 2011
213 pages
27,95 $

Depuis maintenant dix ans, Philippe Besson a habitué ses lecteurs à une écriture généreuse, empreinte de justesse, de silence et d’intériorité. On pourrait dire : une écriture du clair-obscur. Une écriture qui non seulement s’embrasse en tant que questionnement, en tant que quête, mais aussi laisse à la noirceur ses pouvoirs d’illumination.

Retour parmi les hommes porte bien la signature de son créateur. On y retrouve Vincent, le jeune héros de son premier roman, En l’absence des hommes, paru en 2001. Sept années ont passé depuis la mort d’Arthur, l’amour disparu. Sept années de voyages, d’errances, de fugues. Sept années de vide, de travail, de solitude. Sept années, surtout, d’acharnement à continuer… envers et contre tout.

« J’ignore absolument d’où me vient cette obstination à demeurer en vie » : ces mots de Vincent constituent sans doute l’une des phrases-clés de son récit. Car les traces de la perte, les échos de l’effondrement qu’a provoqué en lui la mort d’Arthur, Vincent ne les a pas niés. Ç’aurait été comme nier ce qui avait été. Nier la beauté – le feu comme la brûlure, le brasier comme les cendres. Au contraire, toutes ces choses, il les a portées, il les porte toujours, comme autant de blessures certes, mais comme autant d’ouvertures également : failles, dégagements et avancées.

Sans doute est-ce de là, d’ailleurs, que Vincent puise son obstination à demeurer en vie : du vide même qui le porte et le déporte, le malmène aussi, l’astreint au souvenir de l’amour, au respect de sa perte. Au fond, c’est un peu comme si Vincent avait, par excès de douleur, posé une croix sur sa propre vie afin de mieux marquer la mort d’Arthur et la présence, toujours bien vivante, de l’amour partagé.

Et puis voilà que, soudain, presque à son insu, là, sur cette croix, sa vie, vient se recueillir un autre. Et que, de la mort, ressurgit la vie, l’ombre d’une vie, mortelle elle aussi. Ainsi vivent les hommes, après tout, et à cela, nul ne pourra rien changer. Car que sommes-nous, les uns pour les autres, sinon la promesse, sans cesse renouvelée, d’une nouvelle perte ?

La sublime promesse de l’ombre.

Le mystérieux attrait.

Aimer.

Publié le 15 mars 2014 à 13 h 51 | Mis à jour le 8 mai 2014 à 14 h 27