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Numéro 79

Frédérique Jacques Temple

RETOUR À SANTA FE

Proverbe, Marchainville, 1999
39 pages

Un livre de voyage sobre, une écriture mesurée. Un poète parle, simplement, du lien entre son corps et un environnement mythique, de cette relation énergétique qui réunit dans un même temps fixe, cosmologie de la promesse, si bellement figurée par la photo de couverture qui donne à voir Shiprock, la montagne sacrée des Navahos. Frédéric Jacques Temple parle des retrouvailles avec la terre et les humains. Il revient à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. C’est une vraie « terre d’enchantement », une sorte de Grèce hispano-américaine. Ici, les courbes de l’histoire se retrouvent dans la magie des symboles. Frédéric Jacques Temple évoque ainsi les sommets tabulaires de la Black Mesa : « Souvent j’ai cru voir, au milieu des danseurs empanachés de plumes, Achille ou Hector parés pour le combat : souvent j’ai croisé Nausicaa, ondulante et brune, à la jambe un peu lourde, puisant de l’eau à la citerne avec la jarre polychrome semblable à celles de Mycènes ou de Cnossos. La vigne et l’olivier rejoignent le maïs, porteur d’une civilisation stoppée dans son élan, pétrifiée dans son silence. » Il y a là tout à la fois une découverte et une reconnaissance : celle du plus grand, de l’infiniment grand, de ce moment ultime où il se lève, calme, à la croisée sablonneuse et argileuse des étoiles de nuit et des sueurs de jour.

C’est donc à l’occasion d’un festival D.H. Lawrence que Temple retourne dans ce pays qu’il avait déjà arpenté vingt ans plus tôt. Il y est accueilli par Witter Bynner, un poète octogénaire qui fut l’un des amis du romancier anglais. Il y rencontre également, parmi d’autres superbes visages, Oliver La Farge, le célèbre latiniste et défenseur des Indiens, qui devient un peu comme son mentor. Bref, nous suivons les traces d’un pèlerinage conduisant à une sorte d’éveil. Chaque pas qu’il fait, chaque événement auquel il assiste sont pour lui l’occasion de retrouver un peu de l’harmonie universelle. C’est ainsi que la cérémonie du sand-painting, le Thanksgiving, les musées, les églises, les danses et Taos Pueblo, tranquillement assis entre le Rio Grande et les montagnes, invoquent ensemble les esprits que Lawrence lui-même convoquait lorsqu’il vivait dans cette région ouvrant sur la vastitude incarnée du désert.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 2 décembre 2014 à 13 h 34