Saul Bellow

RAVELSTEIN

Traduit de l'anglais (états-unis) par Rémy Lambrechts
Gallimard, Paris, 2002
266 pages
24,95 $

En une série de tableaux et de vignettes, Saul Bellow, Prix Nobel de littérature (1976), évoque, sous les traits d’Abe Ravelstein, la vie d’un professeur émérite de philosophie politique, juif, homosexuel, dandy et auteur d’un livre à succès.

L’écrivain, âgé de 86 ans, propose dans ce faux roman, à mi-chemin entre les mémoires et la biographie, une réflexion sur le thème de la mort inspirée à la fois par la fin de son ami Alan Bloom, survenue en 1992, et par les défaillances de son propre corps.

Cet « hommage » posthume n’a toutefois pas fait le bonheur de tous les admirateurs d’Alan Bloom, guru de l’intelligentsia politique américaine. Ses détracteurs lui ont surtout reproché d’avoir révélé l’homosexualité de Bloom et le fait qu’il était mort du sida.

Au pays de la rectitude politique (notamment sur les campus), cette querelle sur la fidélité aux morts a complètement occulté le débat sur la valeur artistique du livre. Pour le plus grand plaisir des éditeurs, serions-nous tentés d’ajouter, tant l’ouvrage nous a paru décousu et bancal.

Dans ce portrait brodé sur le mode du souvenir et de l’anecdote, Saul Bellow a choisi de faire avancer son récit au « coup par coup » comme il le dit lui-même, en y mêlant de larges pans de sa propre vie (dont ses déboires matrimoniaux avec sa précédente épouse qui constituent peut-être les meilleures passages du livre) et en adoptant la digression systématique pour structure.

Si l’on ajoute à cette composition chaotique les ruptures de ton déroutantes, certaines ellipses obscures et des incises peu pertinentes, il faut bien admettre que la lecture de Ravelstein demande au lecteur québécois une persévérance que ne soutient pas la notoriété tout américaine du personnage.

Heureusement restent l’humour caustique, l’érudition et un sens unique de la nuance qui font le charme des écrits de Saul Bellow. Pour ceux qui voudraient faire connaissance avec ce très grand écrivain de langue anglaise né au Québec, nous suggérons de reporter la lecture de Ravelstein après celle des chefs-d’œuvre que sont Les aventures d’Augie March et Herzog.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 5 décembre 2014 à 19 h 54