Numéro 78

Camille Laurens

QELQUES-UNS

CAMILLE LAURENS

P.O.L., Paris, 1999
121 pages
19,95 $

Que dire de ce singulier petit livre dans lequel Camille Laurens se penche avec un soin particulier sur le sens des mots sinon qu’il est surprenant ? La curiosité de l’auteure nous permet de rompre pendant un moment avec l’habitude, avec le quotidien car, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a choisi ses mots ou, plutôt, comme le titre de son livre l’indique, elle en a choisi quelques-uns, et non les moindres. Il s’agit en somme de mots simples, de mots utiles, de mots fourre-tout, pourrait-on dire, que l’on prononce, pour la plupart, maintes fois par jour, sur tous les tons, et sur lesquels on ne songerait pas à réfléchir : oui, jamais, on, peut-être, il y a, je ne sais quoi, ça, chagrin, monde et rien.

Amoureusement, Camille Laurens examine tour à tour ces mots dont elle manie le sens avec la dextérité d’une jardinière : elle nous décortique ces mots usés comme on écosse des petits pois ! Avec le concours d’auteurs aussi variés que Bossuet, Levinas, Montaigne, Mlle de Scudéry, Céline, Hugo, Nerval, Groddeck et j’en passe, elle nous convainc sans difficulté que le mot « […] s’est enrichi non seulement de toutes les fois où il a été dit dans les siècles, déformé par les lèvres ou poli par les livres, mais encore, plus encore, de toutes les circonstances particulières où il nous a émus […] ». La langue est donc une question de communauté mais aussi une affaire individuelle. L’œuvre littéraire alors serait l’histoire des mots d’un individu, la trame des mots qu’il forme en un tissu particulier, à nul autre pareil, et qui témoigne avant tout de son amour des mots.

Enfin, les mots, même les plus banals, ont bien des choses à dire ! Voilà ce que l’auteure s’applique à nous démontrer dans Quelques-uns, un livre qu’on ne consomme pas d’un trait, mais qu’on déguste, comme un vieil alcool.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 janvier 2015 à 14 h 19