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Numéro 111

Edouard H. Bond

PRISON DE POUPÉES

Coups de tête, Montréal, 2008
122 pages
10,95 $

La nature du sujet d’un livre dicte-t-elle le choix du style d’écriture, la nature de la langue, le niveau des mots ? Ne peut-on parler d’amour que dans un langage fleuri, romantique et élevé, légèrement éthéré, et, inversement, est-il absolument nécessaire de traiter de la violence et de la dissolution morale autant que physique à coups de phrases dures, sèches, dans une langue émaillée de parler de la rue ?

De toute évidence, pour l’auteur de Prison de poupées, la réponse à cette question est oui, car plonger dans ce roman aussi court que percutant est un traitement de choc et une prise de contact peau contre peau avec une langue archi-dure, celle des bas-fonds, celle de la fange. Celle des bas-fonds, oui, mais de façon flagrante sublimée dans une certaine démarche de recherche littéraire. Tout en étant hautement métissée de joual contemporain, de néologismes trash, d’ellipses et de vocabulaire sexuel de premier niveau.

Sur guère plus de 122 pages, Edouard H. Bond nous enchaîne à l’horreur ordinaire et inconcevable de la prison pour femmes de Saint-Jean-de-Matha. On nous force à regarder les yeux dans les yeux des poupées plutôt sanglantes et très mal embouchées. Des femmes, vraiment pas des enfants de chœur, toutes, en fait, à divers degrés de la criminalité, de la déchéance et de la perversion, tentent de surnager dans l’univers carcéral avec ses geôliers, chacun bien campé dans son rôle, avec à l’appui le raffinement de la cruauté.

Le court récit parle donc des prisons et touche ainsi à des questions fondamentales, à commencer par celle des droit de la personne et de leur violation permanente (certaines scènes évoquent d’autres lieux, d’autres geôles tristement célèbres, comme Guantanamo, Abou Ghraib, les camps de concentration). Mais ces questions importantes semblent quasiment occultées, noyées par la violence sans filtre, au premier degré, des images qui nous assaillent et qui ne nous permettent guère de souffler, de prendre du recul par rapport au texte.

Réaction de petite bourgeoise gâtée devant une réalité trop éloignée de son univers urbain propret et de sa littérature de confort ? Un peu de cela, sans doute. Mais il y a plus, car dans Prison de poupées, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que l’auteur, trempé dans la culture des fanzines et de l’écriture rapide, se vautre avec un certain délice, voire une complaisance, dans la fange et l’excès ; perdant en route un objectif certain et louable, celui de l’authenticité, celui de livrer une œuvre sans fard, collée à son sujet. Et laissant derrière, au détour d’un corridor de prison, sans doute, certains lecteurs.

Publié le 16 juin 2008 à 20 h 54 | Mis à jour le 16 juin 2008 à 20 h 54