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Michel Houellebecq

PRÉSENCE HUMAINE

Tricatel, Paris, 2000

Très en vue depuis la parution de son roman Les particules élémentaires, Michel Houellebecq est d’abord un poète pas banal, apparenté à Rimbaud et à ses avatars contre-culturels, qui se plaît depuis longtemps à faire des récitals en compagnie d’un ou de plusieurs musiciens. Pour la deuxième fois, le voici qui tente l’aventure du disque, en compagnie du producteur et instrumentiste Bertrand Burgalat. Le résultat, vaguement cinématographique, est assez percutant. S’il s’est finalement contraint à ne pas publier les deux titres où il tentait de chanter, on le sent toutefois très à l’aise dans son rôle de narrateur monocorde et envoûtant. Porté par un funk qui se décline parfois en musique psychédélique et en un progressif volontairement (?) daté (sur « Les pics de pollution » par exemple), l’auteur transmet avec tact une ambiance de canicule, peut-être celle des plages torrides où il se produisait avec son groupe l’an dernier.

La fascination hypnotique instaurée par Présence humaine, excellent incipit du disque, a le pouvoir de durer tout au long de celui-ci, malgré quelques moments plus monotones et la difficulté de maintenir le rythme sur un tel album de récitation. De façon évidente, Michel Houellebecq et ses collaborateurs se sont offert du très bon temps ; mais il reste que les guitares, claviers et orgues sortent tout droit de la décennie 1970. Pourtant, les textes révèlent une parole connectée à l’esprit du temps, polémique sans tourner au pamphlet, conservant par là des vertus littéraires certaines. Tirés pour la plupart des recueils Le sens du combat, Rester vivant et Renaissance (tous chez Flammarion), ils ne sont, par contre, malheureusement pas inclus dans la pochette (on devine pourquoi, sans s’empêcher de protester). On retiendra, par-dessus tout, ces ambiances méditatives et ces transes déclenchées par des séries de constats touchant presque au bouddhisme (« Je suis toujours couché / au niveau du dallage / il faudrait que je dorme / ou que j’aille à la plage / il est déjà sept heures / probablement, ils dorment ») et dont la chute est souvent lumineuse : « Il faudrait parvenir / à un cœur clarifié » (« Plein été »).

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 18 h 05