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Numéro 105

David Graeber

POUR UNE ANTHROPOLOGIE ANARCHISTE

Trad. de l'anglais par Karine Peschard
Lux, Montréal, 2006
165 pages
14,95 $

De quelle manière pouvons-nous exprimer notre mécontentement à l’endroit de la société ? Que faire pour rendre cette dernière plus juste et plus près de certaines valeurs fondamentales, telle la liberté de choix et d’expression ? Les anarchistes ont-ils la réponse à ces questions ? Est-ce que l’adoption, sur le plan national, voire international, de leur système de pensée, permettrait de changer la face de la « Cité » ? D’abord une telle « cité » a-t-elle déjà existé ? Ce sont là des interrogations auxquelles répond David Graeber, anthropologue de formation, dans son essai intitulé Pour une anthropologie anarchiste. L’auteur se propose d’éclairer le lecteur sur les fausses idées reçues relativement à l’anarchisme et d’établir les balises de la philosophie anarchiste en précisant que « l’anarchisme, en tant que philosophie politique, est véritablement en plein essor ».

Le lecteur apprend que les balbutiements de l’anarchisme ont eu lieu au XIXe siècle. N’étant pas un cadre théorique, mais une attitude, une conviction, l’anarchisme adopte comme principes de base « l’autogestion », « l’association volontaire » et « l’entraide ». Différentes écoles anarchistes existent : les « anarcho-syndicalistes », les « anarcho-communistes », les « insurrectionnistes », etc. Mais pourquoi l’auteur insiste-t-il autant dans son essai sur une « anthropologie anarchiste » ? C’est que les idées des anthropologues et des anarchistes ont « tendance à se réverbérer. Quelque chose dans la pensée anthropologique en particulier – sa conscience aiguë de l’étendue même des possibilités humaines – lui a donné dès le début des affinités avec l’anarchisme ». Recourant à des exemples de sociétés anarchistes – les Piaroa (établis sur les rives de l’Orinoco), les Tiv (sur les rives de la rivière Benue au Nigéria), les Hautes Terres de Madagascar -, l’auteur montre comment une telle philosophie peut se déployer et enrichir une société. David Graeber explore aussi la question de la modernité et admet que les anthropologues devraient s’impliquer davantage auprès des anarchistes pour étoffer leur mouvement. Cet essai d’une écriture limpide s’adresse à tous ceux qui s’intéressent aux courants d’idées marginaux et qui souhaitent enrichir leur réflexion.

 

Publié le 2 décembre 2006 à 11 h 36 | Mis à jour le 8 janvier 2015 à 11 h 15