Points de vue

Roland Bourneuf

POINTS DE VUE

L’instant même, Québec, 2012
117 pages
17,95 $

Avec une prose sobre et élégante, Roland Bourneuf nous convie à le suivre dans un parcours à la fois géographique et intellectuel, où en effet lieux physiques, livres, cultures conduisent la réflexion. Points de vue rassemble quelque 25 courts essais sur les rapports entre l’espace et l’homme, sur leur interdépendance et leurs influences réciproques. Le « Lac gelé » ouvre de superbe façon le recueil. S’y lit la capacité de l’auteur à faire correspondre la qualité spécifique d’un lieu à une expérience plus universelle : « Mais m’asseoir devant un trou jusqu’à la nuit : je ne peux m’empêcher de voir là une image, ou un symbole, ou une des nombreuses allégories de l’existence que nous fournit chaque journée. Attendre d’attraper un minuscule poisson aussi hypothétique que la venue de Godot ». Ailleurs, il nous parlera de Percé, du Tibet, de cloîtres, de seuils, d’un grand arbre, d’odeurs, toujours en voyant un peu au-delà. Les petits chemins escarpés au bord du fleuve côtoient au fil des pages ces « hauts lieux », comme le mont Saint-Michel, dont l’auteur interroge l’importance qu’on leur donne. Prolongeant la pensée d’Yves Bonnefoy, ce livre montre que « gravir un escarpement ou sentir la percée de l’Être ne peuvent se confondre et [qu’]il serait simpliste de croire que nous seront visités par la grâce si nous nous rendons dans telle ville, telle montagne, telle source ». La grâce nous touche quand nous savons nous arrêter et nous exclure du mouvement incessant des choses. Cependant, la conscience historique est essentielle à cet état bienfaisant ; les événements, les œuvres et les êtres qui les ont façonnées font en quelque sorte partie de la mémoire du paysage. « C’est un peu comme si nous nous enfoncions et que des strates humaines se déposaient doucement et s’épaississaient au-dessus de nos têtes », dira l’auteur à propos de la vieillesse. Le plus souvent, il se tiendra loin de la métaphore, pour être au plus près du lieu décrit. Peut-être pour que ce livre s’y confonde, qu’il devienne lui-même une borne dans l’espace.

Publié le 29 mars 2014 à 17 h 32 | Mis à jour le 29 mars 2014 à 17 h 32