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Numéro 123

Abigael Bohórquez

POÉSIE EN GAGE / POESÍA EN PRENDA

Trad. de l'espagnol par Françoise Roy
Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2010
149 pages
16 $

Poésie en gage / Poesia en prenda est une anthologie bilingue, français-espagnol, de l’auteur mexicain primé Abigael Bohórquez. Ce dernier a publié une vingtaine d’œuvres poétiques et dramatiques au cours de sa carrière. On lit dans la préface qu’il s’agit d’un « poète plongé dans le vécu quotidien de la société, dans la passion d’être Homme, assumant à l’échelle publique, poétique, son homosexualité ». La lecture du recueil nous amène effectivement en ces terres.

Truffées d’images audacieuses et porteuses d’un romantisme pur, les pages défilent sous nos doigts dans un rythme étonnant; nous découvrons des textes tantôt écrits dans une langue simple, tantôt peuplés d’archaïsmes et de néologismes. La traductrice, Françoise Roy, a sans doute rencontré là un défi de taille, mais le plaisir qu’elle a eu à jouer avec les mots est bien visible. Notons entre autres, dans la version française, les ingénieux « moellement », « frumental » et « m’enruche ». Le lecteur devra pardonner à l’auteur d’avoir oublié le code linguistique pour vraiment livrer ce qu’il avait dans le ventre. La traduction a bien conservé cet effet et témoigne avec originalité du texte mexicain.

Comme cette édition est bilingue, le lecteur qui s’aventurera à découvrir les poèmes dans leur langue d’origine, même en ne comprenant que très peu l’espagnol, sera davantage happé par le souffle du poète. Car il s’agit bien de souffle: l’auteur nous gifle de sa poésie dès les premières pages.

Des thèmes romantiques et traditionnels en poésie, tels que la mer, la terre, le soleil, sont traités ici très sensuellement, mais avec une approche masculine, rugueuse. Le mot fleur prend soudain un tout autre sens où émergent la beauté et la masculinité érotique, amoureuse. La poésie de Bohórquez est vaste, elle embrasse l’humanité. Elle s’agite aussi dans l’intimité qui s’analyse, qui s’exorcise, réel cri d’amour et de tendresse. Enfin, l’auteur témoigne du sida et des vies bouleversées à cause de cette maladie « qui hier encore point ne s’oxSIDA ». On sent qu’il a décidé de prendre la parole au nom de ceux qui ne le peuvent pas: urgence et responsabilité de dire haut et fort ce qu’il est, ce qu’il vit pour le respect de l’être humain, de la différence. Pour ce faire, il prend la « poésie en gage » et il offre Poesia en prenda.

Publié le 24 juin 2011 à 10 h 54 | Mis à jour le 8 décembre 2014 à 19 h 50