Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > POÈMES ET PROSES (1925-1940)

Hector De Saint-Denys Garneau

POÈMES ET PROSES (1925-1940)

De l'Outarde, Montréal, 2001
421 pages
19,95 $

Selon des critères de sélection dont elle ne révèle pas le secret, Gisèle Huot a rassemblé ici, dans l’ordre chronologique de leur composition, 77 poèmes et 114 écrits ou extraits d’écrits en prose, dont cinq inédits. Le tout est accompagné de notes, d’une bibliographie, d’une chronologie, d’une postface et d’un double index (« bibliographique » et « général »). On y retrouve également neuf pages d’illustrations, composées principalement de photos, dont plusieurs publiées pour la première fois.

Ce livre a certes le mérite de mettre en circulation, à prix abordable, des textes d’un auteur incontournable de la littérature québécoise. Les œuvres présentées sont toutefois de qualité parfois un peu douteuse. Si « Accompagnement » est un poème canonique ‘ et Hector de Saint-Denys Garneau le juge lui-même à bon droit comme l’une de ses pièces « originale[s] », il faut bien admettre que des écrits comme « Nous ne sommes pas » ne rehaussent pas la valeur de son œuvre poétique, bien que le texte ait été retenu par son auteur dans Regards et jeux dans l’espace (1937). De même, s’ils nous renvoient l’image bien connue d’un homme s’interrogeant sur le sens de la vie, la beauté, la vérité, le bonheur, Dieu, l’art (littéraire, pictural), quelques-uns des textes de prose, tels « Le goût », sont assez primaires et ne sont que des amorces de questionnement intérieur plutôt que des réflexions mûries et achevées. En revanche, précisément à cause de cette inégalité qualitative, les Poèmes et proses choisis par Gisèle Huot donnent une idée globale somme toute assez complète d’un homme et d’une œuvre que la mort est venue interrompre brutalement, à 31 ans, en 1943.

Le lecteur plus patient attendra la suite de la vaste édition critique que Gisèle Huot elle-même a entreprise en 1995 avec la publication chez Fides des Œuvres en prose de Saint-Denys Garneau : ce fort volume de près de 1300 pages forme le deuxième tome d’un triptyque, dans lequel le premier sera dévolu à la poésie et le troisième, à la correspondance. Espérons que la chercheure retournera à son premier éditeur, qui saura débarrasser les publications à venir des scories du livre actuel : les éditions de l’Outarde ne les multiplient sans doute pas de manière outrancière, mais certaines sont particulièrement voyantes. En page 367, on lit par exemple: « C’est alors que qu’il investit […] », et les guillemets ouvrants qui suivent ce début de phrase incongru se referment sur des guillemets ouvrants !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 19 décembre 2014 à 19 h 06