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Numéro 78

Judith Cowan

PLUS QUE LA VIE MÊME

Boréal, Montréal, 1999
137 pages
17,95 $

Une atmosphère d’insularité traverse ce premier recueil de Judith Cowan. Un climat enveloppant, trouble, émane en effet des six nouvelles qui composent Plus que la vie même . L’omniprésence du fleuve y est sans doute pour quelque chose. Bien qu’aucune des nouvelles n’ait pour cadre géographique une île, le lecteur circule dans ce recueil comme dans une île : tout lui est donné à voir d’un point de vue unique, celui du narrateur, et l’histoire se déroule lentement à partir de ce centre, par petites touches concentriques, jusqu’à ce que le lecteur soit plongé au cœur de chacun des drames qui s’y déploient. Dans la première nouvelle, un agent d’immeubles cherche à déjouer le vide qui hante sa vie en compagnie d’une inconnue qu’il emmène visiter une maison par une journée caniculaire de début d’été. Tout est ici prétexte pour échapper à l’ennui, à la chaleur suffocante, au caractère irrésolu de la vie de chacun des personnages. Ailleurs, une femme, échouée dans un bar au milieu de nulle part, ne demanderait pas mieux qu’être cette inconnue pour échapper à son tour à un même vide. Une autre assiste, impuissante, au suicide d’un homme dont on ne connaîtra jamais que la silhouette et la décision irrévocable. Les personnages de Judith Cowan sont le plus souvent impuissants à changer le cours des choses. À l’image d’insulaires qui ont exploré à fond leur île, ils connaissent chacune des anfractuosités qui délimitent les contours de leur existence. Tous ont de la mort une conscience aiguë. Sans doute est-ce ce qui donne une couleur si particulière à ce recueil.

Plus que la vie même est une réussite qui tient autant à la qualité de chacun des textes qu’à l’unité d’ensemble qui s’en dégage. Au déploiement narratif qui caractérise souvent la parution d’un premier recueil, Judith Cowan a privilégié une unité thématique et stylistique. Le recueil traduit une maîtrise de l’écriture et un sens marqué de la mise en scène de personnages. Quelques traits suffisent pour donner vie à un personnage et en dévoiler la fragilité, la vulnérabilité. Tout l’art de la nouvelle est là.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 23 h 05