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Numéro 97

Sous la direction de Louise Grenier, Isabelle Lasvergnas

PENSER FREUD AVEC PATRICK MAHONY

Liber, Montréal, 2004
219 pages
24 $

Suite d’un colloque consacré au travail de Patrick Mahony, l’un de ceux et celles qui ont le plus contribué à la désacralisation du Père de la psychanalyse, ce livre de « re-visitation », préparé par Louise Grenier et Isabelle Lasvergnas, envisage plusieurs aspects de cette œuvre dont l’un des effets majeurs reste d’offrir à penser une part d’impensé du freudisme en mettant en travail la question du secret, des traces inédites, des archives. Non seulement Mahony, dans les deux textes indissociables qu’il livre ici généreusement, interroge-t-il en effet la dialectique du héros propre à l’édifice psychanalytique, mais il démontre ce que signifie être fidèle à Freud, faire preuve d’amitié.

Plusieurs pistes sont explorées par les auteurs convoqués. Reprenant les termes du débat entre Proust et Sainte-Beuve, Marie Claire Lanctôt Bélanger se demande si « l’image voilée » de l’autobiographie ne constitue pas un modèle d’écriture psychanalytique, tandis qu’André Lussier confesse que Mahony lui aurait permis de se défaire de l’identification projective au Fondateur, laquelle passa longtemps, pour des relations professionnelles, par Anna Freud et se trouvait du coup renforcée. Lisant minutieusement les différentes significations et fonctions de la métaphore archéologique freudienne, Georges Leroux interroge la fascination de Freud pour l’Antiquité et l’élaboration de sa théorie de l’archaïque et de l’originaire. Michelle Moreau Ricard synthétise bien le style de Mahony lorsqu’elle écrit qu’il « a le respect de l’homme Freud et [ ] l’insolence du jeune homme interpellant postSdipiennement l’ancien ». Comparant les positions de Mahony et de Serge Viderman au sujet de l’espace analytique, Isabelle Lasvergnas insiste sur le fait que le premier convie à une lecture cannibalique du corpus freudien, lecture pulsant vers la vérité.

Bref, ce qu’illustre ce bel hommage, c’est que Patrick Mahony, qu’il se penche sur L’Homme aux loups, L’Homme aux rats ou Dora, le fait toujours avec la même passion, la même patience et la même érudition, mariant l’écoute du clinicien à la verve du critique, la finesse du traducteur à l’horizon de l’historien. S’atteler à dégager les effets de séduction et les nécessaires écrans du texte freudien, voilà la tâche analysante de l’homme.

Publié le 24 novembre 2004 à 12 h 03 | Mis à jour le 7 novembre 2014 à 11 h 49