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Jean-Claude Guillebaud

LE GOÛT DE L’AVENIR

Seuil, Paris, 2003
396 pages
34,95 $

Le prolifique journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud reconnaît que nous faisons face, en ce moment, à une stupeur devant l’avenir. Ainsi le retour d’une forme de « mal radical », incarné, par exemple, par les attentats suicide du 11 septembre 2001, a un effet paralysant sur la confiance en un avenir radieux. Les sociétés postmodernes, en abandonnant toute référence à la transcendance, ne savent plus très bien comment parler du bien et du mal. Tout est-il acceptable ? Qu’une question de point de vue ?

Notre époque marquée par le triple sceau du médiatique, de l’économique et du numérique doit faire face, selon l’auteur, à six antagonismes fondamentaux qui appellent chacun à un nouvel équilibre : 1. la limite et la transgression : sans limite, je ne suis pas humain, mais sans possibilité de transgresser, je ne le suis pas davantage ; 2. l’autonomie et le lien : il faut bien être soi-même, mais en coupant tout lien social, je perds du même coup mon identité ; 3. la transparence et l’intériorité : autrefois, profaner l’intimité relevait des tyrannies, aujourd’hui, on la sème à tout vent ; 4. l’innocence et la culpabilité : l’individu veut se débarrasser de toute mauvaise conscience, être innocent, mais cela conduit à ne voir le mal qu’à l’extérieur de soi, donc à être barbare ; 5. le corps et l’esprit : il est bien de se réapproprier son corps, mais pas au prix d’une « hantise d’une impossible perfection corporelle » ; 6. le savoir et la croyance : toute croyance, mise en cause par les savoirs, n’est pas forcément irrationnelle ; on croit même en des données scientifiques. Pourquoi pas alors aux Droits de la personne ?

Bref, il est impossible de résumer toutes les thèses contenues dans ce livre, tant il est riche, mais une chose est certaine : il s’agit de sortir du deuil de l’avenir en repensant les problèmes à leurs racines et en évitant l’écueil nostalgique d’un passé apparemment plus radieux.

Pour Jean-Claude Guillebaud, l’espérance est loin d’être une illusion de faibles qui refusent de voir la réalité en pleine face ; il s’agit d’une véritable force sans laquelle toute société est vouée au néant. En effet, comment refaire de la politique, à l’abri du cynisme, si nous avons perdu toute espérance ?

Publié le 24 novembre 2004 à 12 h 05 | Mis à jour le 24 novembre 2004 à 12 h 05