Numéro 88

Denise Desautels

PENDANT LA MORT

Québec Amérique, Montréal, 2002
110 pages
16,95 $

Le thème du souffle anime en filigrane le plus récent recueil de Denise Desautels, Pendant la mort. Elle fouille et retourne à travers quatre séries de poèmes les liens touffus et complexes unissant une fille à sa mère, liens qui semblent s’amplifier face à la mort annoncée, vécue, puis remémorée de la mère. Vieillesse, santé, beauté, vie, attention aux petites choses, autant de thèmes qui rejaillissent avec la chute du corps. Le souffle, celui de la femme en marche, en course, devient celui du texte qui défile, rythmé avec une certaine régularité. Il ne s’agit pas de métrique classique ; c’est un rythme de déambulation, de lecture, qui comporte ses précipitations et ses arrêts. Encore une fois l’écriture et les lieux sont en parallèle et figurent des espaces mémoriels privilégiés (les livres lus, comme des villes visitées en voyage, retiennent une partie des souvenirs et ainsi les définissent). En deux parties de longueurs inégales, cette poésie fluide et diaphane offre des images qui rendent une sensibilité tantôt fébrile, tantôt mélancolique et grave face à la vie et à la mort. La première partie, « Pendant la mort », déploie aubes, matins, étoiles et aurores, succession de jours et de mois qui marquent le passage du temps jusqu’à l’exact « pendant la mort », ce moment insaisissable qui est aussi processus. La deuxième partie, « Février », ouverte avec « La musique des petits riens », précipite la venue de la mort, et la fille vit un Stabat Mater à la place de la mère, reçoit l’agonie des derniers instants et le dernier souffle, le silence de la voix perdue à jamais et l’impossibilité du dialogue. Le recueil se clôt sur « Les noms propres », seule portion qui ne soit une adresse directe à la mère désormais absente, mais qui redevient présente dans le souvenir, quand l’auteure reprend son monologue.

Broché de références à Camus, Saint-Denys-Garneau, Baudelaire, Paul-Marie Lapointe, ce très beau recueil rappelle fortement Les heures, où Fernand Ouellette, d’ailleurs nommément convoqué dans le texte, raconte les derniers moments de son père, avec cette même atmosphère recueillie, éthérée et à la fois bruissante de sensations et d’impressions, qui entremêle sérénité, regrets, difficultés et présence à la vie.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21