Juan Rulfo

PEDRO PÁRAMO

Trad. de l'espagnol par Gabriel Iaculli
Gallimard, Paris, 2005
168 pages
28,50 $

L’écrivain et photographe mexicain Juan Rulfo (1917-1986) a laissé une œuvre qui tient en trois titres. Outre Pedro Páramo (1955), on lui doit le recueil de nouvelles Le Llano en flammes (1953) et un volume d’écrits pour le cinéma, Le coq d’or (1980). Texte fondateur de la littérature latino-américaine, Pedro Páramo est aussi un maître livre de la littérature contemporaine. Il raconte, selon Carlos Fuentes, la « contre-odyssée d’un Télémaque nu-pieds ». Le récit débute par l’arrivée de Juan Preciado au village de Cómala, à la recherche de son père inconnu. À travers une suite de dialogues avec des ombres, c’est l’histoire d’un tyranneau de la province mexicaine, le cacique Pedro Páramo, qui est ensuite reconstituée bribe par bribe. Les rues de Cómala sont désertes, comme le montre, en couverture, une photographie prise par Rulfo ; mais le village est habité de fantômes : les femmes, les hommes de main et les victimes de Páramo. L’écho des voix défuntes crée une atmosphère vertigineuse où s’effacent les frontières entre les vivants et les morts, le présent et le passé, le souvenir et l’oubli. Gabriel García Márquez, Jorge Luis Borges et Susan Sontag notamment n’ont pas fait secret de l’admiration que leur inspirait ce récit d’une concision et d’une beauté prodigieuses. Le livre appelle souvent la comparaison avec Le château de Kafka et Le bruit et la fureur de Faulkner. Traduit en français dès 1959 dans la collection « La Croix du Sud », dirigée par Roger Caillois, Pedro Páramo n’a pas tout de suite attiré l’attention, peut-être parce qu’on ne savait pas comment le lire : comme roman rural, voire indigéniste, aux relents surréalistes ? Il est cependant devenu évident, pendant les années soixante et soixante-dix, que Pedro Páramo avait renouvelé le genre narratif et annoncé la révolution du réalisme magique dont serait porteuse la littérature d’Amérique latine. La nouvelle traduction que publient les éditions Gallimard dans la collection « Du monde entier » est basée sur le manuscrit original, davantage conforme à la volonté et à la vision de l’auteur. Il s’en dégage un pouvoir d’envoûtement peu commun. Les premières pages de Pedro Páramo ont vite fait de nous convaincre qu’il s’agit là d’un récit impérissable, à lire de toute urgence.

 

Publié le 24 septembre 2006 à 15 h 31 | Mis à jour le 12 février 2015 à 7 h 12