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Alberto Ruy-Sánchez

9 FOIS 9 CHOSES QUE L’ON DIT DE MOGADOR

Trad. de l'espagnol par Gabriel Iaculli
Les Allusifs, Montréal, 2006
64 pages
12,95 $

Mogador, ville du désir ? En tout cas, elle le devient dans le plus récent livre de l’Espagnol Alberto Ruy-Sánchez. En redonnant à Essaouira, ville portuaire du Maroc, son nom ancien et mythique, l’écrivain se permet du même coup, comme d’autres l’ont fait avec Grenade, de la rêver autre qu’elle se donne à voir. Ces 81 choses que l’on dit de Mogador la concernent et ne la concernent pas. La lumière particulière de la ville, épaisse d’embruns, la muraille dont la couleur se transforme au fil du jour, le lent écoulement du temps, en fait, l’impression d’entrer dans un monde à part, différent du reste du Maroc, tout cela se voit interprété dans le livre de Ruy-Sánchez sous l’angle de l’amour et du sexe. 81 textes descriptifs, donc, conduisent le lecteur vers une vision réinventée et idéale de l’érotisme. Le corps du Mogadorien contient des secrets. Les taches de naissance et les grains de beauté sont les pictogrammes indéchiffrables de sa destinée. Faire l’amour à Mogador, c’est aller de l’extérieur, les reliefs de la peau, à ce qui est écrit en l’être. On dit que dans cette ville « les paroles y sont considérées comme le noyau de l’acte amoureux ». La bouche, plus que le sexe, est l’organe obscène. Elle mord, lèche, ergote. Et l’écriture est un tatouage laissé sur le corps de son amant.

Et Mogador ? L’écrivain en filigrane lui construit une autre histoire, rabelaisienne celle-là. Et cela donne une image qui va à contresens de tout ce que l’on entend en ce moment sur le monde arabe. Si aimer, c’est toucher l’intérieur, Alberto Ruy-Sánchez a su véritablement aimer cette ville : il a soulevé l’interdit.

Publié le 24 septembre 2006 à 15 h 33 | Mis à jour le 12 février 2015 à 7 h 25