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Numéro 119

Diane Vincent

PEAUX DE CHAGRINS

Triptyque, Montréal, 2009
237 pages
20 $

L’art est partout pertinent. Comment circonscrire ses ambitions puisqu’il entend remodeler tout le réel ? Bon gré mal gré, le corps humain l’intéresse, comme le paysage ou la géométrie. Le tatouage, par conséquent, s’invitera dans l’effort artistique et prétendra lui aussi aux chefs-d’œuvre. Sans effort, la masseuse Josette et le policier Vincent comprendront la fierté qu’éprouve le mystérieux Sandro à arborer l’un des rarissimes tatouages signés du maître nippon Kazuo Oguri.

Le problème, c’est que les œuvres d’art attirent non seulement les esthètes, mais aussi les truands. Et, dans ce cas, l’œuvre d’art est attachée à une vie humaine plus intimement qu’un tableau à sa cimaise. Quel crime doit-on redouter ? Quand Sandro est agressé et qu’on scarifie le chef-d’œuvre qu’il est devenu, à quelle logique recourir ?

Avec rigueur, dans une langue plausible et maîtrisée, Diane Vincent met en scène des personnages typés, mais aussi des forces sociales aussi inquiétantes que souterraines. Les fils spirituels du nazisme occupent l’avant-scène, tant leur est naturel le maniement des rites et des symboles. Ils sont vite rejoints par les triades japonaises bien au fait de la valeur du tatouage comme œuvre d’art. Mérite considérable, la synthèse finale, savamment distillée, constitue un modèle de dénouement : logique, complet, inattendu.

Comme il est courant quand une plume de calibre raconte une histoire, les à-côtés culturels prennent du relief. Quand Diane Vincent, qui a patrouillé l’univers des médias, impute au Journal de Montréal un compte rendu sans finesse, elle conclut : « Je me doutais bien que l’as reporter à la plume aussi lourde que l’humour se saisirait de l’affaire ». Quand le père d’un jeune assassiné refuse de parler aux journalistes, elle bénit sa prudence : « C’était son droit le plus légitime ». Mine de rien, en professionnelle de la sociolinguistique, elle donne un os à ronger quand elle tronçonne les négations : « on a pas le temps » remplace l’usuel « on n’a pas le temps ».

 

Un excellent roman conscient de sa société. NB

 

Publié le 13 novembre 2010 à 16 h 24 | Mis à jour le 16 février 2015 à 18 h 04