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Pas question d'art

Péter Esterházy

PAS QUESTION D’ART

Trad. du hongrois par Agnès Járfás
Gallimard, Paris, 2012
249 pages
37,95 $

Dans un style qui ressemble à celui de Bahumil Hrabal, mais avec encore plus de libertés, Péter Esterházy fait revivre le personnage haut en couleur que fut sa mère, une passionnée de football. Il a en effet de son contemporain Tchécoslovaque, à qui il a consacré un ouvrage de fiction, Le livre de Hrabal, le sens du rythme dans l’enchaînement des anecdotes qui ponctuent la vie de ses personnages, l’intensité grave et rieuse, une écriture attachée aux détails les plus burlesques. La narration, toutefois, est beaucoup plus éclatée : comme les morceaux d’un miroir qu’on aurait échappé d’un deuxième étage, différents chapitres relatent des faits épars qui n’ont parfois rien à voir – en apparence, à tout le moins – avec cette mère dont on cherche à reconstruire les traits. On y parle d’abord de la « fausse » agonie de la mère, mise en fiction dans un précédent livre de l’auteur, puis de cette mère véritable, alitée mais encore vive d’esprit, puis on passe à des considérations sur le football, sur le père dépressif, le communisme. Des personnages surgissent – qui sont-ils ? que veulent-ils au personnage-auteur ? Peu à peu quelques pièces s’imbriquent les unes aux autres, lent cheminement où l’on comprend comment cette mère porta à elle seule sur ses épaules les destins d’une famille et à quel point aussi elle a marqué la vie de ce fils « à maman », qui, aussi souvent qu’il le pouvait, déjeunait avec elle : «  […] au moins trois cents fois par an, c’est-à-dire vingt-sept fois trois cents, ça fait huit mille cent occasions d’au moins deux heures, ça fait seize mille deux cents heures, ce qui n’est pas rien, auxquelles s’en ajoutent d’autres, mais aussi les moments où je pense simplement à elle ». Juste retour des choses que cet hommage à la mère, après deux ouvrages du même genre consacrés au père : Harmonia Caelestis et Revu et corrigé. Y aura-t-il, comme pour le père, un deuxième livre « démystificateur » ? Car, comme Thomas Bernhard à qui on le compare aussi, Péter Esterházy revient d’œuvre en œuvre, de manière quasi obsessive, sur certains événements de son passé, les corrigeant sans cesse, les mythifiant sans cesse. Pour l’art ? Pour la vérité ? Qui le sait.

Publié le 30 mars 2014 à 14 h 42 | Mis à jour le 30 mars 2014 à 14 h 42