Numéro 118

Sylvie Massicotte

PARTIR DE LÀ

L'instant même, Québec, 2009
77 pages
14 $

Le cinquième recueil de Sylvie Massicotte réunit des nouvelles où partir rime avec rupture, vieillissement, mortalité et deuil. Il ne s’agit pas ici de la frénésie qui accompagne le départ pour un voyage, mais plutôt de la douleur de voir les autres vieillir puis partir, ou encore du constat que certains désirs puissent disparaître dans un univers qui se fissure entre les êtres. À partir de là, que reste-t-il ?

Si, comme l’écrit l’auteure dans l’étonnante nouvelle « Le vrai du faux », « [p]artir est un mot si court Un mot plein. Une valise éclatée sur un tapis roulant d’aéroport », il ne semble pas étonnant que les personnages tentent d’échapper à des ruptures qui les déchirent. À travers les non-dits qui portent une charge émotive, que ce soit des malaises, des souhaits ou des regrets, les personnages cherchent à éviter une situation dans laquelle ils seront bientôt projetés, à fuir un ailleurs ou un futur dans lequel ils ne se trouvent pas encore. Partir de là et non d’ici. Pensons par exemple à la fille, dans la première nouvelle du recueil, « Puisque c’est comme ça », qui constate, une fois son père décédé, que sa mère vieillit et qui paraît porter le deuil de sa famille au complet, ou encore à cette autre femme, dans la dernière nouvelle, « La petite pièce », qui raconte au psychologue son expérience au salon funéraire devant sa mère inerte, voyant celle-ci pour la dernière fois ; un recueil qui du début à la fin plonge dans le deuil.

Pour tenter de donner sens à leur vie, et aussi pour ne pas basculer dans la folie, la passion ou la déraison, certains personnages choisiront de se rattacher aux petits objets, comme la boîte de cigares, dans « Là-haut », qui rappelle au protagoniste quelques souvenirs d’enfance. D’autres, au contraire, largueront les amarres comme cette femme qui laisse tout pour partir avec un ancien amant de voyage dans « Roberto », récit dans lequel on appréciera l’apparition surprenante du destinataire à la toute fin, donnant sens aux guillemets qui encadrent la nouvelle.

Bref, ces vingt courtes nouvelles, livrées dans une écriture fidèle à celle que l’on connaît de Massicotte, mettent en scène une fois encore de petits moments réels et simples, où les êtres sont bouleversés par la fragilité de l’instant et l’aspect fugitif de l’existence.

Publié le 20 mars 2010 à 15 h 21 | Mis à jour le 28 janvier 2015 à 11 h 26