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NUIT BLANCHE

Belle chose que l’amitié. Admirable aventure que celle qui relie tardivement deux femmes de cultures différentes et même divergentes. L’une vient de disparaître, l’autre raconte les joies et les peines qui furent communes. L’une a vécu l’Europe à l’époque tragique du nazisme montant, l’autre émerge d’un Rimouski québécois qui peinait à se dégager du cléricalisme et de ses renaissants tentacules. Rien, par conséquent, ne prédisposait ces femmes à l’entente spontanée ni à une conception convergente de l’amour, du sexe ou de l’insertion sociale. La profondeur de l’entente et le raffinement des échanges n’en sont que plus émouvants.

Quelque chose pourtant grince dans le récit qu’offre la moitié européenne de ce face-à-face. On glisse aisément sur la désinvolture avec laquelle l’auteure attribue à Sartre le principe (nulla dies sine linea) formulé par Pline et dont Zola s’appropria l’exigence. On pardonne un peu moins aisément que le Refus global de 1948 soit devancé de dix ans. L’auteure en profite pour pardonner à une Rimouskoise de quinze ans de ne pas l’avoir lu ; l’absolution n’a plus le même sens quand on l’applique à une femme de vingt-cinq ans.

Aucun Québécois ne reprochera à Marguerite Andersen de déceler souvent les méfaits de la culpabilité dans le paysage québécois. Ils ne sont que trop réels. On donnera raison à l’auteure, on l’enviera même, quand elle décrira comme une chance inouïe le fait d’avoir grandi à l’abri de la censure et des remontrances incessantes. Qu’il soit permis de lui rappeler que la culpabilité, qui a tant marqué le Québec, a également frappé ailleurs. « Et un 1er mai, je participe à une manifestation gigantesque dans le stade olympique de Berlin où Hitler est accueilli comme un dieu par une foule hystérique, dont moi. / Aujourd’hui, j’en ai honte, c’est comme une tare dont je ne réussirai jamais à me débarrasser. Quand ma pensée va vers l’Allemagne, la culpabilité vient automatiquement l’assombrir. » Aveu émouvant et courageux ; il aurait pu adoucir le regard porté sur les lourdes contraintes de l’éducation québécoise.

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