Qu’on l’interprète comme l’émergence inespérée d’une jeunesse qui sait jouer comment combattre le nouveau capital financier, comme la sortie d’une période de latence de près de 30 ans ou comme le retour du refoulé de la Révolution tranquille, la grève étudiante qui vient de réveiller nos concitoyens s’inscrit dans la crise actuelle du capitalisme sauvage. La violence de nos politiciens au pouvoir et de leurs paramilitaires, dont les délits ont été « autorisés » par la loi 78 (imposée sous le bâillon), traduit la panique d’une oligarchie fâchée de trouver sur son chemin une résistance au carnage dans lequel elle s’est lancée.
Heureusement, même si on criminalise maintenant toute contestation, les gens descendent dans les rues, appuyés par certains intellectuels. Issu d’un colloque tenu à l’Université du Québec à Montréal en 2010 à la suite de la refondation de la Convergence des luttes anticapitalistes la même année, ce livre constitue un outil qui, même s’il demande une certaine expérience de la théorie, nourrit la réflexion critique. Dans la première section, les enjeux du mouvement Occupy et de son slogan « Nous sommes les 99 % » sont finement analysés pour ensuite fournir les éléments de compréhension de la dialectique entre l’autonomie des individus et le développement des liquidités financières de masse. À cette étude fondée sur la théorie critique et les travaux de Michel Freitag s’ajoute une mise en perspective de l’historicisation du marché étayée sur les avancées de Karl Polanyi. La seconde section, elle, traite directement de l’État et de ses systèmes connexes d’exploitation. Une réflexion sur les critiques des anarchistes à l’endroit du capitalisme (qui pose que l’étatisme constitue un système de domination) est suivie par une radiographie précise de la situation russe où on assiste au sein même des oligarchies à une lutte féroce pour le contrôle de la richesse, puis par une condamnation de l’abus des femmes dans l’économie domestique. La dernière partie, absolument actuelle, traite du rapport entre le capitalisme et la culture à partir d’une relecture du grand critique Raymond Williams et d’une écoute attentive du slam montréalais, genre musical et poétique né à Chicago dans les années 1980, habité par un potentiel séditieux qui risque d’être repris par la logique marchande.
Bref, aussi naïf que puisse sembler l’un des slogans (« Le Capital nous fait la guerre, guerre au Capital ») des manifestants qui ont secoué le Québec (mais surtout Montréal) de sa torpeur mortifère, il exprime néanmoins une vérité cinglante répercutée par les auteurs des textes de ce livre : la crise financière de 2008 qui nous a rendus victimes du « plus grand cambriolage de l’histoire de l’humanité » pourrait, au-delà de son aspect cyclique, devenir un mode de destruction approuvé si la société civile continue de se laisser attaquer.