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Le hockey vu du divan

Simon Grondin

LE HOCKEY VU DU DIVAN

Presses de l’Université Laval, Québec, 2012
214 pages
29,95 $

Depuis le riche essai de Benoît Melançon Les yeux de Maurice Richard, qui retraçait l’histoire culturelle des représentations du numéro 9 du Canadien de Montréal, nombreux sont les titres qui interrogent la signification que prend le hockey au Québec. Grâce aux travaux d’Olivier Bauer, de Normand Baillargeon et Christian Boissinot, d’Audrey Laurin-Lamothe et Nicolas Moreau, toutes les sciences humaines sont convoquées pour interpréter la richesse du hockey au Québec, ce qui signale que la culture populaire, au-delà de ses visées marchandes, offre un terrain fertile pour saisir les constructions sociales, les passions, les débats d’une communauté.

Le récent essai de Simon Grondin, spécialiste de la cognition, participe à ce renouveau culturel. Il cherche à saisir le hockey, sa portée, ses règles, ses logiques, à partir autant d’un point de vue informé sur son histoire que d’une approche centrée sur la psychologie sportive, domaine encore trop peu connu au Québec. Le hockey vu du divan oscille entre deux visées : proposer des réformes au hockey (nouvelles règles, calendrier révisé, abolition de certaines pratiques) pour que la course à la performance (avec ses inégalités et ses violences) ne sape pas le bien-fondé de ce sport comme pratique sociale et physique ; mettre en évidence les avancées des études sur le développement psychologique du sportif (maturité, blessures, pression, identification, latéralité). Il y a à la fois convergence dans ces visées, mais aussi divergences, tant le ton, les objets étudiés, les conséquences varient de l’une à l’autre. À titre d’exemple, étudier la construction mémorielle qu’est l’histoire sportive permet certes de bien comprendre comment se construit l’identification à un joueur, à une équipe, avec les biais que cela évoque, mais partir de cette réflexion inspirée de la psychologie et aboutir à une nomenclature des clichés au hockey et autres superstitions montre que Grondin couvre trop large à chaque chapitre, dans la mesure où l’apport scientifique en vient graduellement, pour chaque sujet, à disparaître au profit de l’anecdotique, d’une certaine badinerie.

L’essai se laisse lire, puisque Grondin maîtrise très bien son propos, qu’il connaît l’évolution de ce sport, qu’il a beaucoup lu sur le sujet, qu’il laisse parler ses passions, qu’il vulgarise bien sa matière. Ses réflexions sur la violence, sur l’identification, sur la mémoire sont vigoureuses. Toutefois, un effet de dispersion se fait sentir à chaque chapitre, comme si le sujet s’émoussait, quelquefois dans des propositions de réformes pas très heureuses et assez arbitraires, quelquefois dans des détails ayant peu à voir avec l’objet du chapitre. À la conclusion de la lecture, on ne peut que saluer ce plaidoyer pour le hockey en se disant qu’un travail de resserrement du propos lui aurait donné une plus grande portée.

Publié le 25 mars 2014 à 19 h 25 | Mis à jour le 25 mars 2014 à 19 h 25