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Numéro 79

Mona Latif-Ghattas

NICOLAS LE FILS DU NIL

Trois, Laval, 1999
195 pages
20,00 $

Née en Égypte en 1946, Mona Latif-Ghattas a quitté son pays pour cette « terre d’érables et de neiges » en emportant le Nil dans ses bagages. Elle vit à Montréal depuis 1966, très présente parmi les écrivains. Ce texte a été écrit en 1979 et publié au Caire en 1985, à compte d’auteur, pour soutenir la construction d’une maison de retraite pour les aînés demeurés seuls, après l’émigration de leurs enfants à travers le monde. Une cinquantaine d’exemplaires avaient été diffusés au Canada. En 1999, les éditions Trois publient cette nouvelle édition du texte original, augmenté d’une courte postface. C’est l’histoire d’une lignée familiale, dont un fils s’appelle Nicolas toutes les deux générations. Après des jours florissants, l’avenir de l’Égypte bascule. Le roi Farouk part vers l’Italie. Les Anglais quittent le canal de Suez. Les Israéliens font la guerre, on doit défendre les frères arabes. Nasser décide de rendre le pays au peuple et c’est la révolution. Les scellés sont mis sur les portes de l’usine de tissage de Nicolas ; elle appartient dorénavant aux ouvriers. Comme beaucoup d’autres, la fille de Nicolas part vers un pays lointain. Après la mort de Nicolas, son épouse prend la relève de l’usine. Elle rejoindra enfin ses enfants sur la terre des neiges.

L’écriture de Mona Latif-Ghattas est tout imprégnée de poésie, le récit se développe comme une longue mélopée. Y reviennent de petites phrases, que l’écho reprend comme un refrain lancinant. On découvre la patrie d’origine, ses coutumes, comme autant de reflets de la douceur de vivre dans ce pays. À chaque naissance, le père offre un bijou à la femme qui le range dans un coffret ; pour les garçons seulement, il fera peindre une feuille accrochée à sa branche de l’arbre généalogique. Nicolas devra user sept paires de chaussures à suivre Joe, avant de pouvoir l’épouser. Les fruits marquent les saisons ; les oranges l’hiver, puis les abricots, les mangues et enfin, les dattes à l’automne. Après la mort de Nicolas, les ouvriers de l’usine feront pousser leur barbe pendant 40 jours. Il faut prendre le temps de lire lentement, de reprendre souvent le texte, de se laisser peu à peu pénétrer par les mots pour en saisir tout le poids humain.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 20 janvier 2015 à 13 h 37