Numéro 163

Colson Whitehead

NICKEL BOYS

Trad. de l’américain par Charles Recoursé
Albin Michel, Paris, 2020
270 pages
29,95 $

En remportant pour une deuxième fois le prix Pulitzer, l’auteur d’Underground Railroad (2017) rejoint un club sélect qui ne comportait jusque-là que trois noms : Booth Tarkington, William Faulkner et John Updike.

Il est toutefois le seul écrivain de ce quatuor à voir deux de ses œuvres d’affilée récompensées par ce prix prestigieux, comme quoi son exploration du racisme aux États-Unis fait mouche à l’ère du mouvement Black Lives Matter.

Underground Railroad racontait le périple de Cora, une jeune esclave évadée d’une plantation de Géorgie. Nickel Boys relate l’histoire d’Elwood Curtis, un orphelin noir qui vit chez sa grand-mère à Tallahassee, en Floride, dans les années 1960. Adolescent studieux marqué par les discours de Martin Luther King, il s’apprête à suivre des cours à l’université Melvin Griggs Technical grâce à l’appui d’un professeur de son lycée. Un fâcheux concours de circonstances en décide autrement : une erreur judiciaire envoie Elwood à la Nickel Academy, un centre de détention juvénile qui inflige de cruels traitements à ses pensionnaires, surtout ceux qui ont la peau foncée. Comme Elwood ne tarde pas à le découvrir, il y a surtout un bâtiment où il vaut mieux ne jamais se retrouver, un endroit que les garçons blancs surnomment « le Marchand de glaces » (parce qu’on en sort avec des hématomes de toutes les couleurs) et que les Noirs appellent « la Maison-Blanche ». Certains pensionnaires ne survivront pas aux corrections qui y sont nuitamment administrées. Alors qu’Elwood abandonne l’espoir que son avocat le fasse libérer, il se lie d’amitié avec un autre pensionnaire, Jack Turner. Cette amitié jouera un rôle décisif dans la suite des choses.

Déjà comparé aux œuvres de James Baldwin et de Ralph Ellison, ce septième roman de Colson Whitehead constitue « une lecture nécessaire » selon Barack Obama. Le romancier new-yorkais s’est inspiré de faits authentiques. La Nickel Academy a pour modèle la Florida School for Boys, ouverte de 1900 à 2011. Comme dans le roman, des fouilles ont révélé en 2012 la présence de cadavres d’enfants enterrés dans des tombes anonymes. Ouvrage puissant par son propos, Nickel Boys est aussi un roman ingénieusement construit, qui réserve une surprise de taille au lecteur dans l’épilogue.

Publié le 21 juillet 2021 à 9 h 45 | Mis à jour le 21 juillet 2021 à 9 h 45