Percy Kemp

MUSC

Albin Michel, Paris, 2000
175 pages
27,95 $

Monsieur Eme, Armand de son prénom, est une personne distinguée. Homme méticuleux et soigneux, il ne laisse rien au hasard. Aussi planifie-t-il tout et, la routine aidant, il n’est jamais pris au dépourvu. Retraité, 69 ans, Monsieur Eme aime la vie et il coule des jours heureux. Un jour qu’il a rendez-vous avec sa maîtresse, Eve, qu’il fréquente depuis douze ans, celle-ci lui dit qu’il sent bon « mais différent ». Or Monsieur Eme, qui utilise le même parfum depuis quarante ans, est décontenancé par ces deux mots anodins. « Lui qui faisait preuve envers ses maîtresses d’une grande infidélité, affichait une fidélité à toute épreuve pour cette eau de toilette qui traçait, par sa forme olfactive, les contours de son image publique et définissait l’aire de son rayonnement en société. »

C’est donc l’identité de Monsieur Eme qui est remise en question par ce parfum qui lui fait soudainement faux bond. Après enquête, Monsieur Eme apprend, à son grand désarroi, que Musc n’est plus fabriqué à partir d’un parfum animal mais qu’il est dorénavant élaboré en laboratoire à partir de musc en composé nitré. Il était parvenu presque intact au seuil de la vieillesse. Rien, en fait, qui ne se dissimule par un habile subterfuge, n’avait altéré son image ; rien, hormis un petit événement, somme toute sans importance, qui tourne à l’obsession et révèle la faille dans cette personnalité apparemment solide et équilibrée. C’est avec un doigté peu commun que le charmant vieillard veillera néanmoins à résoudre son problème.

Percy Kemp, l’auteur de ce petit livre exquis que l’on dévore en une soirée, a créé un personnage pittoresque qui ne laissera aucun lecteur indifférent.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21