Numéro 118

Céline Guichard

MUM

Marchand de feuilles, Montréal, 2009
113 pages
19,95 $

Céline Guichard est française et vit à Angoulême, une petite ville renommée pour son important festival de bandes dessinées. L’auteure a derrière elle un parcours en art visuel et ses œuvres ont déjà illustré les pages couvertures de deux ouvrages édités par le Marchand de feuilles. Mum, un court roman graphique, présente le récit d’une enfance marquée par la possessivité excessive d’une mère. C’est le premier livre publié par l’auteure.

Mum vient de donner naissance à une petite fille. Elle la nomme Désirée. Comme s’il s’agissait d’une poupée, de façon maladive, elle retire une satisfaction un peu malsaine à la dorloter. Elle éprouve un plaisir maniaque à la coiffer et à la peigner, elle se montre complètement obsédée par la chevelure de l’enfant. Elle se donne énormément de peine à lui prodiguer divers soins capillaires. En quelque sorte, Désirée se présente telle une enfant-objet, victime de la démesure d’une génitrice omnipotente. Désirée endure ce calvaire jusqu’au jour où elle parvient à un âge lui permettant de s’opposer à sa mère et de refuser le statut auquel elle se voit contrainte depuis sa naissance. Pour remplacer le poupon devenu trop récalcitrant, Mum adoptera un chien. Désirée, elle, prendra la clé des champs par le rêve et l’imagination.

En quatrième de couverture, cette histoire à la fois simple et exubérante est décrite comme un « conte cruel imprégné de beauté ». En fait, l’intérêt premier de ce livre se situe sans doute sur le plan pictural, car c’est avec maîtrise que Guichard propose un véritable choc visuel. Les couleurs sont criardes et opèrent un effet chromatique parfaitement communicatif. De son côté, le dessin se montre tout aussi expressionniste. Les personnages sont représentés laids et hideux, la mère est dessinée obèse et son visage est inharmonieux. L’enfant également n’a rien du joli chérubin. Les sentiments tordus de Mum sont illustrés par des traits sinueux. À certaines pages, des serpents sortent littéralement de son corps. Pas de lignes gracieuses ici, mais plutôt des coups de crayon nerveux et hachurés qui rendent parfaitement compte d’un univers fictionnel aux limites de la perversité.

Publié le 20 mars 2010 à 15 h 15 | Mis à jour le 8 janvier 2015 à 17 h 44