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Numéro 114

Eric Wright

MORT À L’ITALIENNE

UNE ENQUÊTE DE CHARLIE SALTER

Trad. de l’anglais par Isabelle Collombat
Alire, Québec, 2008
281 pages
12,95 $

Voilà du Charlie Salter à son plus savoureux. Père aussi distrait que la moyenne, mari porc-épic et pourtant capable d’éclairs amoureux, enquêteur au statut évolutif et imprécis, fin connaisseur des ombrageuses cultures des cénacles policiers, pourvu d’antennes tournées vers la société et la politique, sensible au surgissement du printemps et au parfum des lilas, Charlie Salter mène de front ses diverses existences et dénoue les mystères sans jamais donner l’impression de s’être épuisé à la tâche.

Quand s’ouvre le roman, Salter travaille à « une étude des relations entre la police et les deux paliers de gouvernement qui l’intéressaient de plus près, soit la Ville [de Toronto] et le gouvernement provincial ». Clin d’œil de l’auteur à une question récurrente en milieu policier : que faire quand les gouvernants dérapent ? Doit-on collaborer malgré la corruption ? Avec des élus qui déstabilisent la société ? Eric Wright ne répond pas à ces questions. Il a montré, et c’était son but, à quel point lui est familière la réalité policière.

La suite sonne aussi juste. Chargé d’une enquête dont on ne sait que faire, Salter s’avance à pas comptés en terrain piégé. Il doit se faire accepter d’équipes étanches et méfiantes, naviguer entre le patron qui flaire la vénalité et l’enquêteur qui fait tout pour attiser les soupçons, jouer au raciste devant la presse pour obtenir de la Mafia le déni recherché, etc. Une haute voltige qui semble loin du travail d’enquête, mais qui révèle le vrai quotidien du policier.

En étalant les dons de Salter en psychologie et en sociologie, l’auteur n’oublie quand même pas de raconter l’enquête ! Il prendra d’abord soin de réduire les attentes : si vraiment le meurtre résulte d’un contrat de la Mafia, le dossier finira probablement sur la pile des crimes non élucidés. La cueillette des renseignements n’en sera que plus minutieuse. Puisque le mort faisait partie d’une troupe de théâtre, Salter ira voir la pièce, deux fois plutôt qu’une. Puisque les dettes de jeu semblent le motif du crime, Salter visitera un à un, sans se dispenser des chutes Niagara, les lieux chers aux parieurs. Puisque l’acteur assassiné s’est gorgé de scalps féminins, la panoplie des réactions possibles – jalousie, rancune, dépression – sera étudiée.

Grand professionnalisme de Salter et de son père spirituel.

Publié le 22 mars 2009 à 10 h 21 | Mis à jour le 17 février 2015 à 8 h 39