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Paul Ohl

MONTFERRAND, LE PRIX DE L’HONNEUR

Libre Expression, Montréal, 2008
369 pages
29,95 $

Il est de ces noms qui sont lourds à porter, et auxquels l’honneur reste attaché d’une génération à l’autre. On en connaît des noms comme ça ! On en connaît de telles familles et leurs histoires sont si souvent semblables qu’elles tendent à perdre de leur intérêt. Dans son dernier roman, Paul Ohl parvient pourtant à donner une valeur toute particulière à l’histoire épique des Montferrand, et s’il y parvient, c’est bien à cause de sa manière de la raconter.

On ne s’étonne point du fait que le nom de Paul Ohl soit associé à des films à succès. Son écriture, en vérité, est toute en images. Il possède un sens particulier du détail dans sa description des lieux et des gens. Il ne nous laisse pas imaginer. Il nous fait voir ces hommes et ces femmes qui habitent son récit. Il nous fait vivre les lieux, le milieu où ils vivent et ressentir ce qu’ils ressentent. Il nous fait ici remonter le temps. Nous sommes dans des terres d’Amérique du Nord, un jour nommées Nouvelle-France. Bien entendu, nous connaissons par des manuels et des récits de toutes sortes des histoires de ce territoire conquis au nom du roi de France. Mais cette histoire, l’auteur nous la fait vivre différemment parce qu’il la confond avec celle d’une famille dont le père, François Favre, dit Montferrand du nom de sa ville natale en Auvergne, a un sens particulier de l’honneur. Même après 1759, il a voulu défendre les couleurs de cette Nouvelle-France et revendiquer ses droits et ceux des siens. Je ne révélerai rien en disant qu’une telle attitude ne pouvait que lui attirer des ennuis, des ennuis de taille que subira toute sa famille. Il perd tout, on dit même qu’il a perdu son honneur, mais qu’est-ce qu’on n’a pas dit de lui ?

Son fils Joseph, à cause de tout cela, aura une enfance difficile et fera l’apprentissage de la vie dans des conditions pénibles de servitude dont il s’échappera non sans risques. Il ira ainsi chercher sa voie et découvrira ce monde d’adultes où l’on s’imagine que « seul vaut le droit de juger, mais pas celui de l’être » Mais il est fort de corps et d’esprit et c’est un atout. La suite le prouvera. Le roman est mené avec un réalisme impressionnant. Il passionne d’un bout à l’autre ; on apprécie au passage le rapport harmonieux entre le récit et les dialogues, eux-mêmes quelquefois porteurs de la saveur du vernaculaire.

Publié le 22 mars 2009 à 9 h 55 | Mis à jour le 2 février 2015 à 19 h 03