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Numéro 158

Elton John

MOI, ELTON JOHN

Trad. de l’anglais par Anatole Muchnik et Abel Gerschenfeld
Albin Michel, Paris, 2019
427 pages
36,95 $

Elton John est un survivant : il a survécu à tous les excès, aux drogues, à l’alcool, à la dépression ; il a évité le sida ; il a frôlé la ruine. Mais il est d’abord un chanteur polyvalent, un pianiste incomparable et un compositeur prolifique. Ses chansons sont magiques, même si l’on ne comprend pas l’anglais. Dans Moi, Elton John, il raconte sa vie et ses œuvres, mais fait aussi revivre ses démons.

Il existait déjà quelques biographies consacrées à Elton John, dont une bande dessinée en complément du luxueux 33 tours Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy (1975), l’un de ses disques les plus aboutis. Elton John traite essentiellement de musique dans son autobiographie, et c’est son point fort.

Né Reginald Dwight, il choisit son pseudonyme en hommage aux deux musiciens britanniques avec lesquels il se produisait durant les années 1960, bien avant de connaître la célébrité : le chanteur Long John Baldry (1941-2005) et le saxophoniste Elton Dean (1945-2006). Contrairement à ce que révélait le film biographique qui lui était récemment consacré, John Lennon n’était nullement l’inspiration de son nom d’artiste.

Sa méthode de travail correspond à l’image du musicien inspiré : il compose très vite et presque mécaniquement, à partir d’un texte soumis par son parolier. « Il arrive qu’une chanson ne soit pas plus longue à composer qu’à écouter. C’est le cas de ‘Sad Songs (Say So Much)’. » Il se dit toujours inspiré : « [J]e ne sais pas ce qu’est l’angoisse de la page blanche ». Il a composé la musique de « Rocket Man » en prenant son petit déjeuner, en même temps que deux autres chansons de son magnifique album Honky Château. Il avait alors 24 ans et il était devenu le plus grand vendeur de disques au monde. Il révèle avoir écrit lui-même, pour une rare fois, les paroles du premier couplet de sa chanson ultra triste « Sorry Seems To Be The Hardest Word ». Nous apprenons ainsi « la petite histoire » derrière tant de chansons inoubliables.

Sans fausse modestie, Elton John ne passe pas sous silence ses erreurs, ses sautes d’humeur, ses gros mots, mais aussi ses regrets. Il raconte que lassé, il avait d’abord refusé de terminer l’enregistrement de ce qui allait devenir son succès le plus grandiose, « Don’t Let The Sun Go Down On Me » : « [J]’ai hurlé à Gus Dudgeon [son producteur] que je la détestais et que je le tuerais de mes mains s’il osait la mettre sur l’album ». À la fois nanti, dépensier et infiniment généreux, Elton John montre les possibilités et les dérives de la philanthropie, par exemple pour la Fondation de la princesse Diana, à laquelle il a contribué pour 38 millions de livres anglaises, et dont « les fonds ont peu à peu été engloutis par les honoraires d’avocat ».

Moi, Elton John est certainement la biographie musicale la plus passionnante parue en 2019. On passe par toute une gamme (!) de sentiments, des événements cocasses aux moments les plus désespérés. Il y a un peu de médisance, çà et là (Tina Turner et Keith Richards sont écorchés), mais Elton John ne cesse aussi de louanger le travail de tous ses collaborateurs et musiciens.

Publié le 16 avril 2020 à 14 h 44 | Mis à jour le 23 avril 2020 à 10 h 56