Andrée A. Michaud

MIRROR LAKE

Québec Amérique, Montréal, 2006
335 pages
24,95 $

Le narrateur, Robert Moreau, misanthrope, la cinquantaine, en a assez de la compagnie des hommes et fuit Montréal. Il a choisi un coin isolé du Maine, Mirror Lake, et pour seule compagnie, Jeff, son grand chien jaune, et des caisses de livres. À peine a-t-il le temps de s’installer qu’arrive de l’autre côté du lac, en chaloupe, son unique voisin accompagné de son chien Bill. Contrarié par cette présence humaine, Moreau affiche froideur et réserve à l’égard de celui qui se présente sous le nom de Bob Winslow. Bon enfant, Bob persiste, mine de rien. Quelques jours suffisent pour que Robert se trouve des points communs avec Bob : couleur des yeux, lectures, films, etc. Une relation d’amitié/haine se tissera entre les deux hommes escortés de leur chien.

Des histoires imaginaires s’entremêlent aux banalités du quotidien, tandis que des dialogues en anglais s’immiscent dans la narration. De multiples références à la culture populaire américaine et au cinéma traversent le roman, au gré des fantasmes du narrateur qui en habille la réalité. Ainsi nommera-t-il Anita la prostituée à qui il fait appel, en pensant à Anita Ekberg, la belle actrice de La Dolce Vita. Le policier aux verres fumés sera Tim Robbins et ses acolytes, les Dalton. Ces références et quelques souvenirs d’enfance, ajoutés au ton désinvolte qu’emprunte le narrateur pour raconter ce qu’il vit, pense et imagine jusqu’aux frontières de l’irrationnel, teintent d’humour ce roman qui pourtant nous interroge, et sans apporter de réponse. La citation de David Thoreau qu’a choisie l’auteure comme épigraphe nous met en garde, dès le début : « Aussi longtemps que les hommes croiront à l’infini, on croira que quelques étangs sont sans fond ». Et alors, c’est le glissement vers la folie.

L’esthétique d’Andrée A. Michaud repose sur la cohésion formelle plutôt que sur la cohérence de l’histoire ou des personnages. Une construction en abîme, un jeu d’effets de miroir, comme ceux de Mirror Lake à la surface changeante et aux profondeurs inquiétantes, dans lequel apparaissent les thèmes de l’identité et de la dualité, de la réalité et de la fiction, du rationnel et de l’irrationnel, de la vie et de la mort. Ce septième roman de la lauréate du prix littéraire du Gouverneur général (Le ravissement, 2001) témoigne, par son narrateur, d’un imaginaire fécondé par la culture cinématographique, surtout américaine.

Publié le 7 octobre 2007 à 14 h 47 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 13 h 20