Numéro 98

Daniel Pennac

MERCI

Gallimard, Paris, 2004
128 pages
24,95 $

Un auteur littéraire à succès qui vient de se voir attribuer un prix pour l’ensemble de son œuvre se retrouve seul sur scène pour les remerciements d’usage. Dans ce monologue théâtral scandé de didascalies, le personnage hésite d’ailleurs singulièrement entre la tentation de remercier et sa propension à quémander de la gratitude. La frontière est ténue entre « dire merci » et « remercier » même si le second mot a ceci de dangereux qu’il dit une chose et son contraire. Être primé pour « l’ensemble de son œuvre », n’est-ce pas comme être « remercié »? Que reste-t-il à venir pour le personnage dont le propos, parfois cynique, s’apparente par moments à des dispositions testamentaires, à l’inventaire des personnes qui méritent les remerciements – facile si l’on en juge par l’inflation galopante de la gratitude ? « […] vous avez observé qu’on remercie toujours beaucoup, jamais peu : ‘Merci beaucoup’, oui, ‘Merci un peu’, non. ‘Merci bien’, oui, ‘Merci moins’, non. Ne se dit pas. […] La sagesse serait de n’en trouver qu’un. Un seul. Un qui serait absolument indigne de nos remerciements. »

« Il désigne la scène, et à le voir scruter la salle comme un océan, on le croirait sur une île déserte guettant désespérément l’arrivée d’un bateau. La lumière continue de baisser. Le noir gagne. Ses pieds, ses jambes, son torse disparaissent peu à peu. Il parle comme on appelle à l’aide. » En dépit de quelques formules très réussies, la magie ne prend pas et l’on en vient à se demander si, au fond, Daniel Pennac n’est pas davantage un bon romancier qu’un tardif dramaturge dont le style a pris quelques rides. On le déplore d’autant plus que les fictions de Daniel Pennac ont naguère habitué un fidèle lectorat, profondément attaché à la dynastie Malaussène, à le remercier sans compter pour son imagination fertile, sa faconde et la truculence de son style.

Publié le 21 février 2005 à 15 h 30 | Mis à jour le 5 février 2015 à 19 h 17