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Marguerite Paulin

MAURICE DUPLESSIS – LE NOBLET, LE PETIT ROI

XYZ, Montréal, 2002
243 pages
5,95 $

Il est mort au pouvoir. Cinquante camions chargés de fleurs accompagnaient sa dépouille. Une grande figure, Maurice Le Noblet Duplessis ? Occuper la fonction de premier ministre du Québec pendant dix-huit ans justifie le titre. Et pourtant…
Paradoxe que le maintien au pouvoir d’un politicien par une population qu’il a tenue dans l’ignorance et a asservie aux intérêts financiers américains, en dépit de ses visées autonomistes face à Ottawa. Marguerite Paulin ne cherche pas à élucider cette singularité, ni à expliquer la psychologie du personnage. Elle refuse de prendre parti : « Ce récit biographique n’est ni une hagiographie, ni un procès posthume ». Néanmoins, Le petit roi du sous-titre et les faits qu’elle relate parlent d’eux-mêmes. L’histoire de Maurice Duplessis s’avère l’histoire d’une passion, celle du pouvoir : comment s’y préparer et y accéder, comment le reprendre à l’adversaire, comment s’y maintenir. Allié par sa famille à l’élite bien-pensante, brillant avocat et orateur talentueux, Duplessis est aussi reconnu comme un fin parlementaire. Fils de politicien, il voit tôt à se créer un réseau d’espions qui lui donneront des yeux et des oreilles partout, s’assurant ainsi d’un parfait contrôle. Ses fidèles lui resteront dévoués malgré son arrogance et son refus d’avouer quelque tort que ce soit. C’est que, faut-il le rappeler, Duplessis sait récompenser. Il trouve normal de gratifier les amis de son parti, de même que les journalistes assignés aux inaugurations et manifestations qui font voir l’Union nationale sous un jour favorable. Sans scrupules, il tourne à la rigolade un effet qu’aurait produit le système de télégraphes de son parti, en Beauce notamment, alors que le nombre de votes obtenus aurait été supérieur au nombre d’électeurs : « Mes chers amis, c’est tout simplement le signe de l’enthousiasme de la population pour les bleus » ! Ainsi cloue-t-il le bec à ses détracteurs, dans les assemblées qu’il réchauffe avec ses manières populistes.

Les faits que Marguerite Paulin remet en contexte tracent le portrait d’un homme dont le nom seul connote aujourd’hui la Grande Noirceur. Il est des « Grandes Figures » bien que sombres, que la postérité doit connaître. Le récit de Paulin l’y invite.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21