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Numéro 86

Christine Dufour

MARY TRAVERS BOLDUC

LA TURLUTEUSE DU PEUPLE

XYZ, Montréal, 2001
187 pages
15,95 $

Les éditions XYZ nous offrent, dans la collection « Les grandes figures », un vingt-neuvième ouvrage, celui-ci consacré à une grande pionnière de la chanson québécoise, Madame Mary Travers Bolduc.

C’est sous forme de récit biographique que le personnage nous est présenté et la formule est très bien menée. Ainsi, on commence « Un soir de première », alors que Mary va chanter au Monument National, devant une salle remplie de visages inconnus, sa toute première composition, griffonnée sur le coin de sa table de cuisine : « Y’a longtemps que je couche par terre / Je vais coucher dans mon lit ce souère ».

Rien de compliqué, des paroles puisées dans un quotidien d’épouse et de mère, mais rythmées de façon singulière, avec une langue qui produit d’heureux claquements. C’est ce qu’on appellera la turlutte, une particularité gaspésienne, jusque là méconnue, et que Mary popularisera pour la grande joie du Québec entier.

Ce Québec, elle se fera une mission de le parcourir, pour aller divertir tous les gens qui s’ennuient dans leur patelin, à commencer par les Gaspésiens. Elle initiera ainsi la première tournée provinciale avec une troupe, du jamais vu en sol québécois.

Bien entendu, elle sera déchirée, comme toute femme, entre sa vie familiale et sa carrière. Elle arrivera à tout mener à bien mais c’est sa santé qui en fera les frais.

À l’âge de quarante-sept ans, Madame Bolduc nous quitte, emportée par un cancer. Ses derniers airs auront été pour les résidants de l’hôpital, « ces combattants de la dernière heure », qu’elle aura tenu à divertir jusqu’aux limites des ses forces.

Ce livre est un bel hommage dans lequel Christine Dufour donne à Mary Travers Bolduc un nom et un prénom. Ça paraît banal mais c’est fondamental. J’ai toujours trouvé que de dire La Bolduc, manquait de goût. Il y a quelque chose de réducteur et de grossier dans cela. J’ai été heureuse d’apprendre que Mary pensait la même chose que moi !

Merci, Madame Dufour, de rendre à Mary Travers Bolduc la noblesse que lui vaut l’héritage exceptionnel qu’elle nous a laissé : du bonheur, de l’entrain, de la simplicité, et matière à chanter pour des années et des années.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21