Numéro 106

Katja Behling

MARTHA FREUD

Trad. de l'allemand par Corinna Gepner
Albin Michel, Paris, 2006
297 pages
29,95 $

Derrière chaque grand homme il y a une femme qui le soulage des tâches domestiques ! Voilà qui pourrait résumer la vie de Martha Bernays, épouse de Sigmund Freud, sans qui le père de la psychanalyse n’aurait peut-être pas eu la carrière qu’on lui connaît. En conformité avec les idées de leur temps, les époux Freud s’étaient réparti les tâches : Sigmund s’occuperait de son œuvre et Martha ferait marcher la maison.

Et pourtant Martha n’était pas une femme soumise. Certes, elle n’aimait pas les conflits, mais elle savait faire preuve d’indépendance d’esprit. À certaines occasions, elle a même démontré un sang-froid hors du commun, par exemple le jour où elle a réprimandé un membre de la Gestapo qui avait eu le culot de mettre l’armoire à linge sens dessus dessous en fouillant la maison. Son autorité avait eu raison du milicien qui avait fini par quitter les lieux avec ses hommes.

Originaire de Hambourg, Martha Bernays avait conservé certaines valeurs dites prussiennes : l’ordre, la propreté, la ponctualité, l’efficacité. On la décrivait aussi comme très gentille et cultivée. Sigmund Freud, qui avait eu le coup de foudre pour elle, avait entre autres été séduit parce qu’ils partageaient les mêmes lectures. Ensemble ils discutaient d’art et de littérature. Pendant leurs longues fiançailles, alors que le jeune médecin essayait de se bâtir une réputation, il avait pu compter sur l’amour et le soutien affectif de Martha. D’ailleurs, n’avait-elle pas tenu tête à sa mère nullement impressionnée par ce prétendant sans le sou ?

Au fil des ans Mme Freud a rempli avec dévouement son rôle de mère, d’épouse et de maîtresse de maison. Le couple avait six enfants, et le docteur Freud tenait ses consultations à domicile : il fallait quelqu’un de la trempe de Martha pour coordonner harmonieusement tout ce va-et-vient. À plus de quatre-vingt-cinq ans, depuis son exil en Angleterre, la veuve de Freud continuera de recevoir une foule de visiteurs attirés par la renommée de son illustre mari. Elle s’acquittera de cette tâche comme elle l’a toujours fait : avec autant d’amabilité que de fierté.

Publié le 10 mars 2007 à 8 h 44 | Mis à jour le 5 décembre 2014 à 19 h 21