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Jean-Pierre Tuquoi

« MAJESTÉ, JE DOIS BEAUCOUP À VOTRE PÈRE… »

FRANCE-MAROC, UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Albin Michel, Paris, 2006
249 pages

Bien des entrepreneurs québécois vous le diront : il n’est pas facile de percer le marché marocain. Si les Québécois ont eu quelques succès commerciaux dans les pays voisins que sont l’Algérie et la Tunisie, le Maroc est resté pour nombre d’entre eux une place imprenable, un marché opaque, voire mystérieux.

Comment expliquer cette apparente infortune ? Le livre de Jean-Pierre Tuquoi fournit des réponses, sinon la réponse, à ce questionnement. En simple, le Maroc est le pré carré de la France. Les relations entre les élites françaises, de droite comme de gauche, et la monarchie marocaine sont si étroites, si tissées serré, qu’il devient difficile, voire quasi impossible, de se faufiler entre les mailles.

L’affaire dépasse les simples relations commerciales, pourtant très intenses : presque toutes les entreprises de l’Hexagone de quelque importance ont des opérations au Maroc. Le lien symbiotique qui unit les deux pays dépasse le bon voisinage. Par exemple, l’actuel président français Jacques Chirac, sur une promesse faite à un Hassan II mourant (décédé en 1999), père de l’actuel Roi Mohammed VI, agit ni plus ni moins comme une seconde figure paternelle de la famille royale, en allant jusqu’à arbitrer des disputes familiales et intervenir dans la vie personnelle des membres de la Cour.

Un nombre très important de personnalités politiques, économiques et intellectuelles françaises ont un pied-à-terre au Maroc, notamment à Marrakech, ville à la mode, et sont souvent invités tous frais payés à divers événements marquant l’amitié entre les classes dirigeantes. Pas une semaine ne passe sans qu’un ministre français ne débarque au Maroc ou inversement sans qu’une délégation ministérielle marocaine séjourne à Paris. Ainsi la France se fait le défenseur « aveugle » des positions marocaines sur des dossiers litigieux comme les droits de l’homme, le Sahara occidental ou les disputes fréquentes entre le Maroc et l’Espagne.

Le livre du journaliste du quotidien Le Monde indique toutefois une certaine « déliquescence » de l’influence marocaine à Paris depuis la venue de Mohammed VI. Plus américanophile que son père, ce roi peu charismatique se consacre beaucoup moins au maintien du réseau inextricable mis en place par son père avec l’ex-colonisateur. Les entrepreneurs étrangers ne s’en plaindront pas.

Publié le 23 septembre 2006 à 18 h 13 | Mis à jour le 6 janvier 2017 à 13 h 02