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Numéro 84

Olga Tokarczuk

MAISON DE JOUR, MAISON DE NUIT

Trad. du polonais par Christophe Glogowski
Robert Laffont, Paris, 2000
300 pages
42,95 $

Maison de jour, maison de nuit est le deuxième roman d’Olga Tokarczuk, considérée comme « un(e) des écrivain(e)s les plus talentueux(ses) de la nouvelle littérature polonaise. » Non sans raisons d’ailleurs : son écriture vous fait sentir, de temps en temps, les odeurs du Vieux Continent, vous fait entrevoir ses couleurs, cette atmosphère de villages européens où des hommes sortent se raser devant leur maison quand il fait beau, où des chiens errent, où on boit le soir, sur la terrasse, en observant les étoiles.

Composé de plusieurs histoires qui mélangent la fiction et la réalité, le roman parle, entre autres, de la vie d’un homme qui est devenu loup-garou, d’une personne qui a l’allure féminine quand elle est avec un homme et l’allure masculine quand elle est avec la femme de ce dernier, d’une sainte à laquelle Jésus a donné son visage pour la sauver du mariage que son père lui imposait Tout aussi bien, on y voit des gens qui se réjouissent d’aller voir Auschwitz, une vingtaine d’années après la Seconde Guerre mondiale, car là-bas, on pouvait acheter plusieurs bouteilles d’huile (personne ne leur demandait des bons de rationnement pour cet achat), on voit la scène où des gardes-frontière tchèques poussent un homme mort du côté polonais, même homme que les gardiens polonais porteront, à leur tour, du côté tchèque

À ces histoires qui sont, pour la plupart, fragmentées et entremêlées, s’ajoutent des bribes de conversations, l’explication de certains mots, la description du procès de la production des perruques, les rêves de la narratrice qu’elle confie à des internautes, des recettes de cuisine.

Considérant que chacun d’entre nous a deux maisons – « l’une concrète, située dans le temps et dans l’espace ; l’autre, inachevée, sans adresse, impossible à immortaliser sur des plans d’architecte » – l’écrivaine décrit ses deux « maisons », raconte les histoires des gens qui y sont, de près ou de loin, relatés, nous fait part de leurs tragédies, réflexions ou de petites aventures et tout cela, elle le fait d’une façon très originale, plus qu’habilement.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 15 février 2015 à 8 h 09